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Disparition de Raymond SENE

12 mai 2025  

Hommage à Raymond Sené : au cœur du secret nucléaire français en Algérie

Lila LEFEVRE - Journaliste accréditée auprès de l’UE et de l’OTAN depuis 1995, analyste sur BBC et présentatrice de l’émission Le Vrai Dialogue sur ATIPIK.

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Raymond Sené, physicien nucléaire et ancien chercheur au CNRS affecté au Collège de France, est décédé le 6 mai 2025 dans l’anonymat. Témoin direct de l’essai nucléaire Béryl survenu le 1er mai 1962 à In Ekker, dans le Sahara algérien, il a consacré sa vie à révéler les conséquences de cet accident.

Le 6 mai 2025, Raymond Sené, physicien nucléaire et ancien chercheur au CNRS, nous a quittés dans l’anonymat. Pourtant, sa vie fut marquée par un engagement indéfectible pour la vérité et la justice, notamment concernant l’essai nucléaire Béryl survenu le 1er mai 1962 à In Ekker, dans le Sahara algérien.

Un scientifique au cœur du désastre

En 1962, alors jeune physicien, Raymond Sené est envoyé sur le site de l’essai Béryl pour effectuer des prélèvements, et mesurer la radioactivité échappée de la montagne du Tan Afella. Cet essai, censé être confiné, a libéré un nuage radioactif, exposant des militaires, des civils, ainsi que des populations locales, notamment les Touaregs, à des doses dangereuses de radiation.

Un combat pour la reconnaissance

Avec son ami Louis Bulidon, ingénieur chimiste également présent lors de l’essai, Raymond Sené a coécrit Les Irradiés de Béryl, un ouvrage publié en 2011, qui témoigne de l’accident, et de ses conséquences. Ils y dénoncent la chape de plomb du secret-défense qui entoure encore aujourd’hui cet événement et appellent à la reconnaissance des victimes

Un engagement jusqu’à la fin

Jusqu’à ses derniers jours, Raymond Sené a poursuivi son engagement pour que la vérité sur Béryl soit connue. Il a travaillé sans relâche pour que les archives militaires soient déclassifiées et que les dommages causés à l’Algérie soient reconnus. Son travail, bien que souvent ignoré, reste un témoignage précieux de l’histoire nucléaire française.

Un héritage à préserver

Aujourd’hui, alors que Louis Bulidon, dernier survivant de ce duo, continue le combat malgré la perte de la vue, il est essentiel de préserver l’héritage de Raymond Sené. Leur travail commun est une pierre angulaire pour comprendre les impacts des essais nucléaires et pour plaider en faveur des victimes.

Raymond Sené, par son intégrité et son engagement, nous laisse un exemple de courage scientifique et de dévouement à la vérité. Son combat pour la reconnaissance des victimes de Béryl est un appel à ne jamais oublier les conséquences humaines des décisions politiques et militaires.

Pour aller plus loin

Les Irradiés de Béryl, Louis Bulidon, Raymond Sené et al., Éditions Thaddée, 2011.

Émission “La Marche des sciences” sur France Culture, avec la participation de Raymond Sené et Louis Bulidon.

La gazette Nucléaire : https://gazettenucleaire.org/2023/300/tritium-raymond-sene.html

Emission Le Vrai Dialogue sur Atipik TV en 2025: https://www.youtube.com/watch?v=UFEvZhzSOZo


13 mai 2025

Hommage à Raymond Sené

Communiqué du groupe LFI-NFP et de la France insoumise

Raymond Sené, physicien nucléaire du CNRS, directeur de recherche au Laboratoire de physique corpusculaire du Collège de France, est décédé le 6 mai 2025. Avec son épouse Monique Sené, il co-fonda en 1975 le Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN), Association de scientifiques créée à la suite de l’appel des 400, physiciens opposés au programme nucléaire. Rescapé de l’essai nucléaire français raté de 1962, docteur en physique, spécialiste en neutronique, durant près de 50 ans, il restera comme l’expert sur les problématiques de vieillissement des aciers et des contrôles.

Son combat, qui a traversé son existence, ne cessera de résonner comme un cri de vérité, pour la justice. Raymond Sené fut témoin direct de l’essai Béryl, nom de code désignant le deuxième essai nucléaire français souterrain, à In Ekker, dans le Sahara algérien, le 1er mai 1962. Il dédiera alors sa vie à briser l’omerta sur l’un des pires crimes nucléaires de la France coloniale.

En effet, ce jour-là, un accident se produisit lors de cet essai nucléaire et un nuage radioactif s’échappa du Sahara algérien, irradiant militaires, scientifiques et populations riveraines, notamment les Touaregs. La France étouffera l’affaire ; Raymond Sené, lui, se fera le porte-voix des victimes, documentant et dénonçant avec force cet accident nucléaire. Avec son camarade Louis Bulidon, ingénieur chimiste lui aussi témoin de l’accident, il publia notamment Les Irradiés de Béryl en 2011, contre le silence, contre l’oubli.

Pendant que les gouvernements successifs étouffaient les faits, Raymond Sené réclamait justice : pour les victimes, pour les peuples, pour les écosystèmes, pour la vérité scientifique, quant aux périls liés au nucléaire. Il exigeait la déclassification des archives, la reconnaissance des responsabilités de l’État français qui, jusque dans les dernières semaines de la colonisation, considéra le peuple algérien comme un amas de sous-citoyens pouvant servir de cobayes.

Le groupe parlementaire LFI-NFP/La France insoumise adresse ses condoléances à la famille et aux proches de Raymond Sené, et salue la mémoire d’un lanceur d’alerte exemplaire, d’un grand scientifique, et d’un militant inépuisable de la vérité et de la justice.


 11 février 1975

L'appel des 400

L’appel des scientifiques, dont 200 physiciens nucléaires, fut publié dans Le Monde du 11 février 1975 :

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Un petit historique pour mieux se situer en 2013 » de Monique Sené a été publié dans la Gazette 270 (novembre 2013).


1 mai 1987

Interview de M. Alain Carignon, ministre chargé de l'environnement, dans Paris-Match du 1er mai 1987, sur les accidents de Tricastin et Creys Malville et sur le rapport sur la future centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine.

Intervenants : Monique SENE – Alain CARIGNON – Michel PEYRARD - Média : Paris Match

Sujets abordés : les accidents de Tricastin et de Creys Malville - inopportunité d'arrêter le surgénérateur - le contrôle des installations nucléaires et le rôle du Ministère de l'environnement, prévention et information du public - le rapport sur les conséquences d'un accident à la future centrale nucléaire de Nogent sur Seine.

Source : https://www.vie-publique.fr/discours/251088-interview-de-m-alain-carignon-ministre-charge-de-lenvironnement-dans


juillet 1997

Monique SenéGazette Nucléaire n°159/160, juillet 1997.

Nucléaire et irradiation

1) Un point sur le nucléaire civil

Le nucléaire représente un danger pour l'environnement et les populations au long d'un cycle qui va de la mine au stockage des déchets.

2) Les effets du nucléaire sur le vivant

3) Les différentes unités de radioactivité

4) Evolution des normes de radioprotection de la CIPR

5) Effets cancérogènes à long terme

6) LES FAIBLES DOSES: Tentative de Bilan

Source : https://www.dissident-media.org/infonucleaire/vulga_sene.html


25 octobre 1998

Dossier nucléaire

Alors que l'Allemagne envisage une reconversion de sa production énergétique, en délaissant peu à peu le nucléaire, la France s'interroge sur l'alternative au tout nucléaire. 

Commentaires sur images factuelles, d'archives et interviews Monique SENE (scientifique), Jean-Luc BENNAHMIAS (Les Verts) et Pierre GADONNEIX (Président de GDF).

Source : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab98043469/dossier-nucleaire


Octobre 2003

Conseil général de GIRONDE

Visite décennale du réacteur 1 du CNPE de BLAYAIS

Relevé de conclusions

Par Gérard GARY – Monique SENE et Raymond SENE

Source : https://www.gironde.fr/sites/default/files/2017-06/conclusions_du_rapport_gsien-vd2.pdf


2007

RISQUES LIES A UNE EXPOSITIONS AUX RADIATIONS IONISANTES - AUTRES QUE LE CANCER

Monique Sené - Physicienne nucléaire. Directrice de la Gazette nucléaire

La controverse sur le sujet « exposition interne chronique aux faibles doses » a donné lieu à divers rapports :

Celui de l’académie des Sciences qui considère que l’estimation des conséquences sanitaires de faibles irradiations, inférieures à quelque mSv, ou de faibles concentrations de produits cancérogènes au moyen d’une relation dose-effet linéaire sans seuil n’a pas de justification scientifique, et en profite pour enterrer le problème de l’atteinte chronique interne.

Ceux de l’UNSCEAR, de la CIPR qui, en l’absence de données fiables sur ces phénomènes de contamination interne, estiment que le système actuel, bien qu’imparfait, est tout de même protecteur.

Par contre, l’IRSN a engagé un programme : ENVIRHOM sur ces thèmes d’atteinte chronique.

Au niveau européen, le groupe Vert avait demandé la création d’un comité pour examiner de façon approfondie les effets des faibles doses d’irradiations.

Le Comité Européen sur le Risque de l’Irradiation (CERI) a été constitué en 1997.

« Le mandat du CERI était le suivant :

# 1 - Estimer de manière indépendante tous les risques résultant de l’exposition aux radiations, en se basant sur sa propre évaluation de toutes les sources scientifiques, de façon aussi détaillée que nécessaire, et en utilisant le cadre scientifique le plus approprié, tout en adoptant une approche de précaution.

# 2 - Développer le meilleur modèle prévisionnel des dommages pouvant survenir suite à l’exposition au rayonnement, en présentant les observations qui soutiennent ou contestent ce modèle et, en mettant en évidence les domaines de recherches qu’il est nécessaire d’investiguer davantage pour compléter le tableau des connaissances.

# 3 - Développer une analyse éthique et un cadre philosophique pour établir la base de ses recommandations politiques, en liaison avec l’état des connaissances scientifiques, l’expérience acquise et le Principe de Précaution.

# 4 - Présenter les risques et le modèle prévisionnel ainsi que les analyses qui les étayent de façon à permettre et à faciliter la formation de politiques transparentes pour la protection du public et de l’environnement contre les radiations. 

La création du CERI reposait sur le fait « qu’il existait suffisamment de preuves démontrant qu’une exposition de faible dose due à des matériaux radioactifs artificiels provoquait des problèmes de santé, et que les modèles conventionnels de la Commission Internationale de Protection contre les Radiations (CIPR) et ceux d’autres agences qui utilisent les mêmes modèles d’évaluation des risques, n’ont aucunement prévu ces effets

C’est pourquoi, en 2001, des membres du Parlement Européen ont décidé de soutenir la rédaction d’un rapport : Etude des effets sanitaires de l’exposition aux faibles doses de radiation ionisante à des fins de radioprotection, rapport CERI publié en 2003. Nous nous intéresserons plus spécialement au chapitre XII : Risques liés à une exposition aux radiations, autres que le cancer.

I - Affaiblissement général de l’état de santé

II - Dommages à la santé

III – Remise en cause et études à mener

IV – Suite de Tchernobyl (article de Michel Fernex)

Le rapport de l'Ambassade d'Ukraine d’avril 2005 :

1ère atteinte : L'atteinte organique du système nerveux central

A - Konstantin Loganovsky de Kiev 

B - Le professeur Pierre Flor-Henry de l'Université d'Alberta au Canada

C - Après un temps de latence de quelques années... 

2ème atteinte : L'atteinte de l'œil

3ème atteinte : L'atteinte de la cochlée

4ème atteinte : Les maladies cardiovasculaires, première cause de mort

EN GUISE DE CONCLUSION

Le système actuel repose sur l’étude de la cohorte des survivants d’Hiroshima-Nagasaki. Il est certain que la tragédie de Tchernobyl a montré, une fois de plus, les limites de ce système. A Hiroshima-Nagasaki les personnes n’ont pas pu subir une contamination interne chronique pour l’excellente raison qu’il n’y a qu’1 kilogramme de matière qui a fissionné. A Tchernobyl on parle en tonne (facteur 1000) et de millions de personnes contaminées.

Des effets soupçonnés lors d’essais aériens (Bikini, Rongalap) se sont confirmés à Tchernobyl : atteintes à la thyroïde précoces, atteintes du système neuro-végétatif, atteintes glandulaires.

Dans le même temps, les vétérans des essais américains, anglais, français continuaient à poser des questions sur leur état de santé, suite à des expositions à l’uranium, aux retombées des essais aériens du Sahara, de Mururoa. Comme les temps de latence sont relativement longs chez les adultes, les effets se sont manifestés avec plus de retard qu’à Tchernobyl où il y a une population enfantine importante qui a été touchée.

Il est temps d’admettre les effets de ces expositions pour les cohortes déjà connues et de l’appliquer aussi bien aux rejets des réacteurs, à ceux de la Hague qu’au grave problème des déchets.

Source : http://moruroa.assemblee.pf/medias/pdf/M.Séné.%20Risques%20autres%20que%20cancer.%202007.pdf


6 décembre 2007

Séminaire ASN du 6 et 7 décembre 2007

Trois représentants d’associations se sont exprimés à la tribune : Monique Sené du GSIEN (Groupement de Scientifiques pour l’Information sur l’Energie Nucléaire) – Jean Claude Autret de l’ACRO (Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest) et EDA. 

Il a été organisé pour faire le bilan des travaux menés par les 10 groupes de travail : tous les rapports n’étaient pas terminés mais il était évident que les constats, les états des lieux constituaient une première étape très importante, un socle de référence précieux et surtout un changement notoire quant à une volonté de sensibiliser grand public, les services de l’État, les élus… aux risques potentiels et d’en anticiper la gestion en s’appuyant sur les parties prenantes, c’est-à-dire tous les acteurs du territoire. 

Constat unanime 

Le citoyen doit pouvoir faire part de ses observations, donc être informé, et avoir les moyens de participer à la mise en œuvre des dispositifs. Dans un contexte historique de secret et de manque de transparence, l’approche post accidentelle doit avant tout être comprise par tous pour être efficace 

Le rôle des Commissions Locales d’Information doit être amplifié et pérennisé : sans moyens financiers adaptés, l’accès à l’expertise indépendante ne sera qu’un leurre

Les lignes directrices d’une gestion post accidentelle de moyen et long terme élaborées au niveau national par le CODIRPA constituent une base de données assez complète, voire même trop détaillée. La nécessité de les confronter aux contraintes, aux spécificités de chaque territoire, avec les acteurs concernés, s’impose. 

Le séminaire a montré qu’il fallait aller plus loin : la prise de conscience de la réalité des risques a révélé l’ampleur du manque d’information, de formation et de connaissance des nouvelles responsabilités qu’il y aurait à assumer notamment de la part des élus locaux. 

Dès lors les réunions des groupes de travail ont consisté à compléter les rapports en y intégrant les remarques de nouveaux participants ou les retours d’expérience d’exercices in situ. Deux nouveaux groupes de travail sont créés : communication et réglementation. Il s’agit là aussi de lignes directrices élaborées au niveau national.


29 février 2008

Nominations au Journal officiel de la République française

Monique Sené

Au titre des personnalités désignées en raison de leur compétence

Groupe : Sous-commission permanente des appareils à pression 

Sené, née Moirez (Monique, Berthe, Ghislaine) - physicienne, directrice de recherche honoraire du CNRS, Centre national de la recherche scientifique. Chevalier du 3 octobre 1998

Affaires étrangères et développement international

Education nationale, enseignement supérieur et recherche

Au grade d'Officier de la Légion d’honneur

Membres du Haut Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire

Représentants des commissions locales d'information (CLI)

Membres du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques

Vice-présidente de l’ANCLI, l'Association nationale des commissions locales d'information sur les activités nucléaires

Groupement des scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire (GSIEN)

Membres du comité de pilotage du réseau national de mesures de la radioactivité de l'environnement

Membres du Conseil supérieur d'hygiène publique de France

Section de la radioprotection - En raison de leur compétence dans le champ d'intervention de la section            

Vice-présidente d'une Commission d'information dans une centrale nucléaire ; 37 ans d'activités professionnelles

Ministère de l'aménagement du territoire, et de l'environnement

Source : https://jorfsearch.steinertriples.ch/name/Monique%20Sené


12 novembre 2008

 Qualité des eaux autour des sites nucléaires 

Rapport rédigé par Monique SENE

Pas de préoccupation majeure, selon le Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire

La qualité des eaux des nappes souterraines autour des sites nucléaires français ne soulève pas de préoccupation majeure, a indiqué, vendredi dernier, Henri Revol, le président du Haut Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) qui remettait son rapport au ministre de l'Écologie, Jean-Louis Borloo. Un rapport commandé à la suite de la fuite de 30 mètres cube d'une solution contenant de l'uranium (75 kg). Cette fuite, intervenue le 8 juillet dans l'usine Socatri sur le site du Tricastin à Bollène (Vaucluse), avait suscité l'inquiétude des populations. Pourtant, l'incident avait été classé au niveau 1 de l'échelle Ines (qui en compte 7). Jean-Louis Borloo a confirmé qu'une enquête épidémiologique va bientôt être menée autour de Tricastin. 

Seuls sept sites présentent des marquages radioactifs, a résumé Henri Revol. Il s’agit de sites où les eaux souterraines sont marquées sur un plan radioactif: celui de la Hague, dans la Manche, avec l'usine de retraitement d'Areva et le site de stockage géré par l'Andra, les usines et laboratoires de recherche du CEA (Commissariat à l'énergie atomique) de Marcoule (Gard), Saclay (Essonne), ainsi que ceux rattachés à la direction des applications militaires de Valduc (Côte-d'Or) et Bruyères-le-Châtel (Essonne), et, enfin, les deux sites de la firme Areva à Veurey-Voroize (Isère) et Tricastin (Vaucluse). 

Les radioéléments y sont à l'état de trace, très en dessous des normes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le terme de marquage a été préféré à celui de pollution, compte tenu de l'extrême dilution de la radioactivité qu’on y constate. Le Haut Comité, qui n'a ni un rôle d'expertise ni de contrôle, a établi son diagnostic après avoir auditionné tous les acteurs : les industriels (EDF et Areva), l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). 

L'origine du marquage radioactif est en cours d'étude. Il provient le plus souvent de la mauvaise gestion des déchets nucléaires, comme l'a noté l'IRSN dans un rapport publié en septembre, suite à la fuite de Tricastin. Dans les années 1950 à 1980, en effet, la réglementation était très laxiste. C'est ainsi que des déchets à faible ou moyenne activité ont été enterrés à même la terre. Ces entreposages sont connus, mais leur prise en charge est parfois problématique, a expliqué au Figaro, le 7/11/2008, Monique Sené, Présidente du Groupe de travail qui a rédigé le rapport.

Le Haut comité constate qu’il existe aujourd’hui des fondements législatifs solides pour permettre l’information du public, transparence et concertation avec les parties prenantes. Il constate cependant qu’il est difficile, pour le public, d’appréhender la situation radioécologique des sites nucléaires et des anciens entreposages de déchets. 

Il existe en effet une information abondante et diversifiée, souvent disponible depuis longtemps ; elle est cependant éparse, disparate, compartimentée et est, dans un certain nombre de cas, difficile d’accès. Le Haut comité a fait 18 recommandations, notamment la création d'un portail Internet sur le nucléaire. Il souhaite aussi que le rôle des commissions locales d'information (CLI) soit renforcé. Elles doivent être des aiguillons de la connaissance des risques associés au nucléaire autour des sites. Elles ont vocation à poser des questions et à demander des réponses. 

Il souhaite aussi que des laboratoires agréés indépendants, universitaires ou associatifs, soient plus souvent sollicités. C'est là un des points faibles du système français hypercentralisé comparé à ses voisins européens. 

Source : https://www.maire-info.com/qualite-des-eaux-autour-des-sites-nucleaires-pas-de-preoccupation-majeure-selon-le-haut-comite-pour-la-transparence-et-l'information-sur-la-securite-n-article2-10482


10 décembre 2008

18 ème conférence des CLI

Monique SENÉ, présidente du Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire

Les exemples qui ont été donnés me confortent dans la nécessité d'obtenir ces informations dont on nous dit qu'elles sont accessibles. Ce rapport a été mentionné ici : nous allons donc tous savoir qu'il existe, mais combien de personnes ne le savent pas ? Le problème est qu’il faut gagner l'information. Personne, parmi les exploitants ou les administrations, ne doit s'arroger le droit de produire une information et un accès « raisonnables » à des documents. Il appartient de savoir ce qui est raisonnable aux personnes qui essayent de comprendre. Après tout, on peut lire 700 pages, si on le souhaite !


22 juillet 2010

Quelques réflexions sur le devenir des déchets radioactifs

L’article de Monique Sené, solidement argumenté sur le plan technique, peut être classé parmi les articles d’opinion.

La gestion des déchets a longtemps été considérée comme facile par les officiels du nucléaire : CEA, EDF puis Cogéma et enfin ANDRA et AREVA.

Depuis le tout début du nucléaire, années 1950-1960, le traitement des déchets a toujours été repoussé : le moment venu, on trouvera la solution, affirmaient les instances. L’ampleur du problème n’a été reconnue qu’en 1991, première Loi déchets portant seulement sur ceux issus du fonctionnement des réacteurs, puis vraiment admise avec la Loi de 2006, prenant en compte tous les déchets. Cette Loi institue aussi le suivi des filières de traitement de tous les déchets, réacteurs, mines, médecine, utilisation industrielle, par un Plan National de Gestion des Matières et Déchets Radioactifs. Elle conforte la Commission Nationale d’Evaluation de 1991, dans son rôle d’aiguillon des acteurs du nucléaire. Elle crée le Haut Comité sur la transparence et l’Information sur la sécurité nucléaire, lui permet d’obtenir l’ouverture des dossiers, de garantir leur suivi par les citoyens grâce à des conférence-débat.

L’article se propose faire un état des lieux des différentes filières de gestion des déchets et d’esquisser des propositions.

Plusieurs constats peuvent être faits :

# - le manque d’une estimation des quantités de déchets attendus dans le cadre d’un plan énergétique donnant leur place aux énergies renouvelables,

# - la non prise en compte du problème des déchets anciens,

# - les risques liés à la transmutation (usines très radioactives),

# - la composante militaire du nucléaire qui le rend incontrôlable,

# - le fait que le nucléaire, reposant sur un minerai, ne peut-être qu’une transition qu’il conviendrait d’arrêter le plus vite possible.


28 août 2010

Bure : Il est prématuré d'enfouir - Monique Sené

Rédigé par Roland Corrier – A partir d’un article de LA VOIX DE LA HAUTE-MARNE – Bertrand PUYSSEGUR

La Phrase : L’argile contient de l’eau qui arrivera à lécher les déchets.

Selon la physicienne Monique Sené, il n’est pas possible de prévoir le comportement de l’eau dans l’argile de Bure. La chercheuse donnera une conférence ce samedi 28 août sur les déchets nucléaires. Beaucoup de questions restent donc encore en suspens.

Déchets nucléaires - Bure : Il est prématuré d'enfouir

Présidente du Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire, la physicienne Monique Sené donnera une conférence ce samedi 28 août sur les déchets nucléaires, non loin du site de Bure. Selon cette ancienne chercheuse au CNRS, les études en cours ne permettent pas d’entrevoir une solution d’enfouissement définitive.

Voix de la Haute-Marne : Quel sera le thème de votre intervention ?

Monique Sené. Ce seront quelques réflexions sur le devenir des déchets nucléaires. Bure est concerné par les HAVL, les déchets à vie longue et hautement radioactifs, mais un nouveau centre de stockage est prévu également pour les FAVL de faible activité et à vie longue. J’aborderai la question de la réversibilité, du coût et de l’inventaire des déchets. Il faut savoir que cet inventaire est prévu jusqu’en 2020, après on ne sait pas la quantité que l’on produira.

Ce qui est sûr, c’est qu’à Bure, on ne pourra pas enfouir avant 50 ans pour un certain nombre de colis, parce ce qu’ils sont trop chauds. Il y aura donc un entreposage en surface. Les quantités prévisibles de déchets sont difficiles à déterminer, tout cela repose quand même sur la production d’énergie de deux EPR et de 58 réacteurs.

Donc Bure ne sera pas suffisant…

C’est possible que Bure ne soit pas suffisant pour accueillir tous les déchets.

Faut-il privilégier l’enfouissement en profondeur ?

Il est prématuré d’enfouir à cause de la géologie. Nous n’avons pas de données suffisantes. De plus avec la question de la réversibilité, on ne creuse pas de la même façon, cela demande beaucoup d’études, qu’on n’a toujours pas. Nous sommes sur des échelles de temps, qui ne sont pas humaines. Pour faire descendre la température des émetteurs alpha à vie moyenne de 400° C à 100° C, il faut 70 à 150 ans. Quant à l’uranium ou au plutonium, ce sont des centaines de milliers d’années…

Mais existe-t-il d’autres solutions ?

Ce serait de les entreposer en subsurface, c’est-à-dire à une quarantaine de mètres de façon à pouvoir accroître la surveillance. Là vous pouvez vérifier vos fûts. Ces containers ne vont pas tenir des millénaires ! Un entreposage permet d’intervenir plus facilement alors que des colis dégoulinants, même avec des robots, c’est très difficile à récupérer.

Saura-t-on un jour recycler les déchets nucléaires ?

Les techniques ne sont pas entièrement sûres. En ce qui concerne la transmutation, le processus est très lent. A la limite on peut maîtriser un gramme de déchet, mais pas de manière industrielle, et encore ceci n’est valable que pour les émetteurs alpha. Il faut d’abord limiter les déchets, sinon on va se retrouver assis sur une montagne. Il n’y a pas de solution rapide, c’est un problème que l’on prend seulement à bras-le-corps, mais qui reste entier.

Quels sont les risques les plus dangereux en ce qui concerne Bure ?

C’est l’eau. L’argile contient de l’eau qui arrivera à lécher les déchets. Quelle est la vitesse de cette eau ? L’hydrologie est une question primordiale. En Suède, ils ont fait le choix de les enterrer dans le granit. Il n’y a aucun exemple au monde de déchets nucléaires enfouis dans de l’argile. Il ne faut pas aller trop vite, et être un peu moins formel.

Que pensez-vous des études menées par l’Andra ?

Il y a un certain nombre d’études, mais on n’est toujours pas prêt. On doit réfléchir correctement. Est-ce qu’on est capable de juguler l’eau ? Juguler l’eau, c’est un peu juguler la nature. On n’est pas maître du temps, les prévisions sont impossibles. L’Andra fait des études mais elles restent un peu optimistes.


18 avril 2011

Assemblée des CLI de la Manche

Monique Sené a réalisé le support visuel de l’exposé.

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7 septembre 2011

Les vétérans du dossier Tchernobyl crient au scandale

Monique Séné, présidente du Groupement des scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire (GSIEN) au moment de l'accident, partage cette analyse

par Fabrice AMEDEO

Le docteur Denis Fauconnier, ici en avril 2011, aujourd'hui à la retraite, affirme, comme les scientifiques contactés par Le Figaro, que le nuage radioactif de Tchernobyl est à l'origine d'une contamination de la chaîne alimentaire. 

Le Figaro a contacté des scientifiques qui ont constaté, en 1986, les conséquences du nuage radioactif sur les populations, notamment les bergers corses. Ils ne comprennent pas le non-lieu.

Ils en parlent comme si les faits dataient d'hier. Les voix ont pris quelques années mais les convictions n'ont pas changé. Le Figaro a contacté mercredi deux scientifiques qui avaient pu constater, dès 1986, les conséquences du nuage radioactif sur la population française. Ils ne comprennent pas le non-lieu qui a été prononcé mercredi par la Cour d'appel de Paris à l'encontre du professeur Pellerin. Ils s'inscrivent surtout en faux contre les réquisitions du parquet qui estime que les scientifiques n'avaient mis en évidence aucune conséquence sanitaire mesurable au moment des faits.

Jean-Claude Zerbib était ingénieur en radio-protection au Commissariat à l'énergie atomique (CEA) au moment de l'accident. Il est un témoin clé de cette catastrophe: il était au CEA, à Saclay, le 1er mai 1986 lorsque le nuage a survolé la France. J'ai pu effectuer des prélèvements et les transmettre à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSM), raconte-t-il. Mais le scientifique, qui a pris sa retraite dans les Côtes-d'Armor, se rappelle surtout de ses échanges de l'époque avec le docteur Fauconnier, alors établi en Corse. Il m'avait appelé pour me dire que des personnes y étaient sans doute contaminées. Il m'a envoyé en juin 1986 un litre de lait de brebis dans du formol afin qu'il ne tourne pas...


22 mars 2012

La vérité scientifique sur le nucléaire - Chantal BOURRY

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PREFACE DE MONIQUE SENE


21 mai 2012

Information sur le nucléaire : entre secret et transparence

Source : Magazine Repères n°3, Septembre 2009 

https://www.irsn.fr/savoir-comprendre/dialogue-pedagogie/information-sur-nucleaire-entre-secret-transparence

Les analyses contestées des retombées de l’accident de Tchernobyl en France ont fait entrer l’information sur le nucléaire dans l’ère du soupçon. La loi de 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire a-t-elle changé la donne ? 

Le point avec Monique Senévice-présidente de l’Ancli, Association nationale des commissions locales d’information, et Didier Champion, directeur de l’environnement et de l’intervention de l’IRSN.L’information sur le nucléaire est-elle plus transparente aujourd’hui qu’à l’époque de l’accident de Tchernobyl ?

Didier Champion : Sans aucun doute. Par exemple, l’IRSN fournit un effort accru pour informer la population sur l’impact de la radioactivité présente dans l’environnement. Les résultats de mesures de la radioactivité de l’environnement obtenus par l’IRSN, mais aussi les rapports d’étude et des fiches synthétiques sont disponibles sur le portail de la radioactivité dans l’environnement, accessible à tous depuis le site Internet. Internet ouvre de nouvelles possibilités, tant pour la publication que pour la conservation des informations.

Monique Sené : Il est vrai qu’après l’accident de Tchernobyl, nous avons constaté une tendance à ne pas croire les discours officiels. Qu’en est-il aujourd’hui ? Dans la Gazette Nucléaire, journal associatif, nous avions défini la transparence comme cette obscure clarté qui tombe des ministères ou des experts. La notion de transparence se heurte en effet à celle de secret. Secret commercial ou industriel, secret financier, secret médical… sans oublier le secret défense, le plus méchant de tous ! L’accès à certains dossiers s’avère aujourd’hui encore difficile. D’autant qu’il peut arriver que nous ne connaissions même pas l’existence d’un dossier. Et dans ce dernier cas, comment demander à le consulter ? 

Vous laissez entendre que des résistances subsistent, malgré la loi de 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire ?

M. S. : Les directions des sites nucléaires ne font pas toutes preuve de la même ouverture. Il arrive que certaines questions restent sans réponse pour des motifs qui s’avèrent peu sérieux. Lorsque nous avons voulu obtenir des informations sur la reprise des stériles hors sites des anciennes mines du Limousin, Areva a prétexté différentes raisons pour ne pas répondre. Il a suffi d’une émission télévisée pour que la réponse soit donnée… (Enquête diffusée sur France 3, le 11 février 2009, dans le cadre de l’émission Pièces à conviction)

Cela semble prouver que les gens doivent mener des actions d’éclat pour obtenir des informations ! Et c’est dommage !

D. C. : Le développement de la culture de sûreté nucléaire s’accompagne d’un effet de loupe paradoxal. La transparence produit une sensation biaisée. En donnant des informations sur le moindre incident dans les installations nucléaires, on peut laisser croire que le nucléaire souffre d’une mauvaise gestion. C’est pourquoi certains acteurs estiment que la diffusion d’informations peut susciter des craintes. 


L’IRSN a adopté une position claire : il est préférable d’informer la population, même sur des sujets sensibles comme les accidents nucléaires, plutôt que de laisser planer une suspicion de dissimulation, voire de mensonge. Aujourd’hui de nombreuses informations sont disponibles. Toutefois, l’idée que le nucléaire est opaque est encore fortement ancrée dans les esprits. En dehors d’événements radiologiques très médiatisés, on observe peu de réactions du public pour ces informations.

Est-ce à dire que les citoyens ne cherchent pas sérieusement à obtenir des informations sur le nucléaire ?

M. S. : Une des raisons pour lesquelles les citoyens ont du mal à poser des questions réside dans la difficulté d’accès aux documents, qui peut provenir de l’administration elle-même. La commission d’accès aux documents administratifs peut très bien refuser la divulgation d’un document. S’il est nécessaire pour obtenir une réponse de passer par les tribunaux, le temps et l’argent que cela exige sont franchement dissuasifs. Il vaut mieux arriver à des conciliations mais cela n’est pas toujours évident. 

D. C. : Il m’est arrivé d’entendre des personnes reprocher à l’IRSN d’être un organisme d’État et, de ce fait, soupçonné de donner des informations biaisées. Il faut tout de même reconnaître à l’État un rôle de service public et de défense de l’intérêt général. Et si l’on sort du cadre étatique, se poseront les questions : Qui paie ? Dans quel intérêt ? La transparence du financement est un point essentiel pour un sujet aussi sensible. 

Les difficultés du dialogue entre la population et les experts sont-elles accentuées par la technicité du sujet ?

D. C. : La transparence doit s’accompagner d’un travail d’interprétation et d’explication. Il ne s’agit pas de donner des informations brutes mais également d’éclairer leur sens. L’IRSN met en œuvre ce principe et joue pleinement son rôle en fournissant, en plus des données radioécologiques accessibles sur son site Internet, un support documentaire indispensable à leur compréhension. Nous ne cherchons pas à rassurer ou à inquiéter la population, mais à démystifier un sujet souvent source de fantasmes dans l’opinion. 

M. S. : Ces inquiétudes ne relèvent pas que du fantasme. À un moment donné, les citoyens apprennent que ce dont ils ont tiré avantage génère également des problèmes. Je pense par exemple à la gestion des déchets. D’un seul coup, ils se retrouvent face à des conséquences sur lesquelles ils n’ont pas été informés au préalable et se sentent piégés, ce qui rend tout dialogue difficile. Pour éviter ce type de situation, il est bon de faire la lumière sur toutes les étapes d’un dossier. Et cela implique évidemment de réfléchir à la façon de faire comprendre les enjeux de la situation à des non-spécialistes, d’accepter de répondre à leurs questions.


13 décembre 2012

Rapport du HCTISN 

Contribution du HCTISN à la démarche relative aux évaluations complémentaires de sûreté des installations nucléaires françaises au regard des événements survenus à Fukushima

le 24 août 2011 : CNPE de Golfech (source froide) : Monique Sené

le 27 septembre 2011 : CNPE de Fessenheim : Monique Sené

Source : http://www.hctisn.fr/IMG/pdf/rapport_gt_audit_approuve_cle0113ad.pdf


1 mars 2013

Les dossiers noirs du nucléaire français Broché 

Auteurs : Dominique Leglu – Monique Sené – Raymond Sené


6 octobre 2013

Questions à Monique Sené, physicienne des particules

On a maltraité les déchets pendant 40 ans, mais ce n’est pas une raison pour aller trop vite

Que pensez-vous de la gestion des déchets radioactifs en France ?

Si on en fait l’historique, c’est mieux maintenant. Au démarrage du nucléaire dans les années 50, on n’a rien fait de spécial. On pensait qu’on trouverait tout en marchant. Que les scientifiques auraient une solution. La première chose qui a été faite, c’est de tout envoyer dans la mer. Les États-Unis se sont aperçus que ce qui était déposé était compliqué à retrouver. Ensuite, nous avons commencé l’entreposage.

La question du stockage des déchets a été évoquée avec la loi de 1991, qui s’est attaquée aux combustibles irradiés. La loi de 2006 est plus étendue mais a fixé des échéances qui ne sont pas réalistes. On ne peut pas arriver à une gestion correcte des déchets, car on va trop vite. On a maltraité les déchets pendant 40 ans, mais ce n’est pas une raison pour aller trop vite. Il faut continuer la recherche et vérifier toutes les données et les possibilités.

Pour vous, quelle serait la meilleure solution ?

Le stockage en subsurface, avec un très bon emballage qui serait vérifié, et refait si besoin tous les 10-15 ans. Cela laisserait du temps pour trouver une bonne solution, et pour étudier toutes les possibilités et les accidents possibles. Il faut étudier les émissions de gaz, et les effluents liquides qui pourraient arriver.

Il faut se donner du temps.

On devrait reprendre ce qu’on a mis en tas un peu partout et le remettre dans un emballage correct. Cela nous donnerait de l’expérience pour les déchets qui viennent. Les déchets vitrifiés ne sont pas si fiables que cela. Le verre est craquelé. Léché par l’eau, les radionucléides vont sortir. On ne peut pas trouver un emballage hermétique qui tiendra des milliers d’années.

Dans quelle mesure la réversibilité est-elle possible à Bure ?

A 450 m de fond, ce n’est pas facile. Il faut fermer les alvéoles pour que l’argile ne s’abîme pas, et surveiller les colis au fond, sans mettre de fils. La réversibilité va diminuer au fur et à mesure. On ne parle pas de réversibilité, mais de récupérabilité des colis. Ces derniers vont être entreposés quelques semaines dans un entrepôt, où ils pourront être réparés si besoin. L’Andra annonce qu’elle renverra les colis s’ils ne sont pas conformes.

Mais si un problème se passe alors que les colis sont déjà entreposés, que fera-t-on ? Le processus est long et difficile d’accès. Même les robots ont leurs limites.

Dans certains lieux où des déchets ont été entreposés, un démantèlement est en cours. Sur le site de Cadarache, une personne en scaphandre récupère les déchets au fond d’une fosse à la main, pour les trier suivant les irradiations. Cela se passe également comme cela à Marcoule. C’est un processus très lent et coûteux. Cela serait bien plus compliqué à Bure, par 450 m de     c

Source : https://www.estrepublicain.fr/meuse/2013/10/06/monique-sene


29 octobre 2013

Innovation scientifique : la parole aux citoyens !

par Raymond Sené, chercheur honoraire CNRS en physique nucléaire, docteur ès sciences en physique, ancien membre du Comité Scientifique de l’Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire - Monique Sené, chercheur honoraire CNRS, docteur ès sciences en physique, présidente du GSIEN - Jean-Marie Brom, docteur ès Sciences en physique, Directeur de Recherches au CNRS, ancien membre du Comité de Surveillance de la Centrale Nucléaire de Fessenheim – Benjamin DESSUS, ancien directeur de programmes interdisciplinaires au CNRS, président de Global Chance – Bernard LAPONCHE, docteur ès sciences en physique, ancien directeur général de l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie ;

Au terme du débat public sur le projet CIGéo, et alors que la surdité de certains dirigeants les conduit à stigmatiser des minoritésrefusant et empêchant le débat en séances publiques, il serait peut-être plus judicieux et utile d’essayer de comprendre les raisons qui conduisent ces minorités à agir ainsi . De fait, regretter l’absence de débat démocratique ne suffit pas. Encore faut-il en créer les conditions, en ne soumettant pas les citoyens à des faits accomplis, en reconnaissant à sa juste valeur l’intelligence collective. Si ces conditions ne sont pas remplies, choisir la stigmatisation hâtive d’une nébuleuse d’opposants revient à justifier d’avance l’usage de la force, comme méthode d’exercice de la démocratie.

Source : https://global-chance.org/Innovation-scientifique-la-parole-aux-citoyens


novembre 2013

APPEL DE SCIENTIFIQUES

A PROPOS DU PROGRAMME NUCLEAIRE FRANÇAIS

Le gouvernement français, après avoir favorisé sans retenue l'utilisation du pétrole comme source d'énergie, envisage devant l'augmentation du prix de ce pétrole, d'accroître considérablement la production d'électricité d'origine nucléaire.

On prévoit donc 170 réacteurs d'ici à l'an 2000. Pour commencer, de l'ordre de 80 centrales sont en cours de construction ou en projet sur une vingtaine de sites répartis sur tout le territoire. Ces centrales (1000 MW) seront du type uranium enrichi-eau légère, technique mal connue à ces puissances. On prévoit aussi la cons­truction de quelques centrales surrégénératrices, technique mal dominée.

Nous chercheurs, ingénieurs, techniciens, pensons qu'il s'agit d'une décision irréfléchie dont les conséquences risquent d'être graves.

Les risques encourus sont de plusieurs sortes :

ceux liés à la sécurité des centrales (fuite possible. les accidents sont peu probables, ils peuvent être effroyables) ;

ceux liés à la pollution thermique (climat, écologie) ;

ceux liés au transport, au stockage et au vol éventuel des produits radioactifs (en particulier le problème des déchets est traité avec légèreté)

Il est inquiétant de voir l'EDF éluder toute question, méconnaître toute compétence autre que celle des techniciens officiellement habilités.

Il est inquiétant que ceux qui poussent ces projets soient en même temps juges et parties.

Il est inquiétant de savoir que, pour un programme ainsi accéléré, l'examen de la sécurité est confié à un organisme public mis en récession, le Commissariat à l'Energie Atomique, qui peut donc difficilement l'assumer.

Il est inquiétant que la sécurité à long terme soit dépendante de la vigilance sans défaut de quelques-uns (une erreur est toujours possible, un sabotage aussi, leurs conséquences ne peuvent être calculées).

Les enquêtes d'utilité publique fragmentent les problèmes, escamotent des points importants (transport, déchets, démantèlement de centrales usagées) indissolublement liés à l'ensemble. Systématiquement on minimise les risques, on cache les conséquences possibles, on rassure. Pourtant les divergences entre les études, les incertitudes des rapports officiels montrent bien que les risques existent. Même quand il y a des solu­tions, l'absence d'une législation claire, d'un contrôle indépendant, l'intervention des critères de rentabilité financière, permettent toutes les négligences.

D'autre part, en dépit des affirmations officielles, une telle politique n'assurera pas notre indépendance :

il n'y a pas tellement d'uranium en France ;

l'usine d'enrichissement qui ne produira qu'à partir de 1982 sera extrêmement vulnérable.

Par ailleurs, quoi qu'on en dise, peu de recherches sérieuses sont entreprises pour trouver de nouvelles sources d'énergie, pour diversifier celles existantes et diminuer le gaspillage.

Nous pensons donc que la politique actuellement menée ne tient compte ni des vrais intérêts de la population ni de ceux des générations futures, et qu'elle qualifie de scientifique un choix politique.

Il faut qu'un vrai débat s'instaure et non ce semblant de consultation fait dans la précipitation.

Nous appelons la population à refuser l'installation de ces centrales tant qu'elle n'aura pas une claire conscience des risques et des conséquences.

Nous appelons les scientifiques (chercheurs, ingénieurs, médecins, professeurs, techniciens...) à soutenir cet appel et à contribuer, par tous les moyens, à éclairer l'opinion.

Cet appel est signé par des scientifiques de tous grades et de toutes spécialités.

Nous demandons aux personnes souhaitant signer cet appel, de contribuer, si elles le peuvent, aux frais de diffusion de ce texte sous forme d'annonces dans les journaux nationaux et régionaux (jusqu'à une demi-journée de salaire, par exemple).

Les signatures et les chèques sont à adresser (dans l'attente de l'ouverture d'un compte et d'une boite postale) à M. ou Mme Sené, Laboratoire de physique corpusculaire au Collège de France, Place Marcelin Berthelot, 75231 Paris Cedex 05.

Nom - Spécialité - Ville - Signature

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15 novembre 2013

Fukushima estompé dans les mémoires, EDF continue à ergoter 

par Rachel MULOT 

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/fukushima-estompe-dans-les-memoires-edf-continue-a-ergoter_11702

Monique Sené, physicienne, cofondatrice du Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN) cosigne un livre qui révèle à la fois posément et implacablement les vulnérabilités du nucléaire français. Pour éviter qu’un autre Fukushima n’arrive en France.

Qu’a changé l’accident de Fukushima ?

Au Japon-pays dont on vantait la sûreté nucléaire - c’est l’impossible, qui s’est produit. L’opérateur n’a tenu aucun compte des remarques sur les risques de séismes, de tsunami… Le Japon faisait confiance à une industrie arrogante et opaque ! Depuis Fukushima, notre Autorité de sûreté nucléaire ainsi que l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire reconnaissent qu’un accident majeur ne peut être exclu en France. L’ASN a prescrit des évaluations complémentaires de sécurité, puis exigé de sérieux travaux pour sécuriser nos sites nucléaires. Cela va couter cher, plusieurs dizaines de milliards d’euros. Mais c’est d’une nécessité absolue… Le public français oublie qu’un certain nombre d’incidents-parfois graves- s’est déjà produit. Ainsi, du plutonium a été déversé dans la Loire, suite à l’incident de Saint Laurent des eaux. Nous avons aussi échappé de peu à une catastrophe majeure – au Blayais - où la centrale a été construite sur une plateforme trop basse. Des réacteurs ont parfois été arrêtés, un an ou deux ans.

Nos centrales vont donc être sécurisées, pourquoi s’inquiéter ?

Les yeux se sont dessillés, la langue de bois s’est fendillée…mais l’effet Fukushima estompé, EDF recommence à ergoter. Sur les travaux nécessaires, les délais requis etc, des retards s’accumulent. Et c’est là que le bât blesse, d’autant que certains prétendent aujourd’hui prolonger la vie de nos centrales, au-delà des délais pour lesquelles elles ont été conçues. C’est une intox d’EDF.

Vous redoutez des accidents graves ?

Oui, en vieillissant une installation devient dangereuse, même avec des gens expérimentés. Non seulement la France n’est pas l’abri de séismes ou d’inondations, mais les matériaux des centrales sont vétustes, les problèmes de conception réels. Pire, nous ne mettons pas réellement les moyens humains nécessaires pour assurer la maintenance, les inspections des matériels. Songez qu’EDF délègue 80% sur site à des intérimaires. A partir du moment où on a un opérateur qui est trop sûr de lui, on risque l’accident. Les personnes qui sont de l’intérieur finissent même par croire à leur discours, celui selon lequel un accident ne pourra jamais arriver. Et l’attention se relâche.

Tous les enseignements des incidents passés ont-ils été tiré ?

Non, et c’est ce que nous démontrons dans notre livre, il reste énormément de travaux à faire. Certes, après l’accident de Three Mile Island en 1979, il n’a plus été possible de croire l’accident impossible. C’est pourquoi l’EPR a été conçu de façon à contenir les effets d’un accident avec percement de la cuve, et éviter que la radioactivité ne s’échappe de l’enceinte de confinement. Il a fallu près de 20 ans pour doter les réacteurs existants de quelques améliorations nécessaires. Et notons enfin qu’il faudra une dizaine d’années pour compléter le retour d’expérience sur la catastrophe de Fukushima. En effet, il a fallu six ans pour pouvoir inspecter le réacteur de Three Mile Island. Quant aux suites de l’accident de Tchernobyl leurs impacts sur l’environnement et la santé ne cessent de se prolonger.

Qu’espérez-vous de ce livre ?

Qu’il encourage les autorités chargées de contrôler l’industrie nucléaire à ne pas relâcher leurs efforts. Qu’il donne aux citoyens des arguments solides pour prendre leur avenir en main. La sûreté ainsi que l’impact sur la santé et l’environnement dépendent de leur vigilance. Cela fait 40 ans que le GSIEN agit comme un poil à gratter, la transparence s’est améliorée, l’accès à la documentation est devenu plus facile mais les combats sont loin d’être gagnés. Le GSIEN n’est pas anti-nucléaire, il œuvre pour que la radioprotection, la sûreté et la protection de l’environnement soient absolues. C’est pourquoi le GSIEN pense qu’il n’est pas possible de prolonger la vie des réacteurs au-delà de la durée prévue à leur construction.

Les dossiers noirs du nucléaire, Monique Sené, Raymond Sené et Dominique Leglu, directrice de la rédaction de Sciences et Avenir, Presse de la Cité, en librairie le 11 novembre.


26 décembre 2013

Monique Sené est-elle anti-nucléaire ?

Monique Sené, physicienne nucléaire en retraite, présidente du GSIEN, Groupement des scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire, est-elle anti-nucléaire ou pro-nucléaire ? Tous ceux qui la côtoient ou qui font appel à ses services pour animer réunions et conférences trouveront ici la réponse en 2 minutes...

https://www.dailymotion.com/video/x18vssz


20 mars 2014

Alain Vicaud (EDF) et Monique Séné (ANCCLI) - Convention SFEN "Exploiter les centrales nucléaires dans la durée"

Table ronde sur "L’état de l’opinion publique face à l’extension de la durée d’exploitation"

Alain Vicaud (EDF) : Il ne peut y avoir de confiance sans transparence.

Monique Séné (ANCCLI) : La confiance du citoyen dépend de la capacité d’une entreprise à répondre à toutes

ses interrogations/sollicitations quelles qu’elles soient - En matière de sûreté, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) fait son travail et impose des changements à l'exploitant - Comme le CNRS, l'ASN mène des études indépendantes qui intègrent le pluralisme des positions sur le nucléaire.

Source : //www.flickr.com/photos/120990791@N02/13375486215" style="color: purple; text-decoration: underline;">https://www.flickr.com/photos/120990791@N02/13375486215


10 avril 2014

Assemblée nationale

Thème : Risque nucléaire - Évaluation du risque et assurance

Audition de M. Raymond Sené et Mme Monique Sené, Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN)....

Commission d’enquête relative aux coûts passés, présents et futurs de la filière nucléaire, à la durée d’exploitation des réacteurs et à divers aspects économiques et financiers de la production et de la commercialisation de l’électricité nucléaire, dans le périmètre du mix électrique français et européen, ainsi qu’aux conséquences de la fermeture et du démantèlement de réacteurs nucléaires, notamment de la centrale de Fessenheim

M. le président François Brottes. Pour traiter du risque nucléaire et de son évaluation, nous accueillons cet après-midi M. Raymond Sené et Mme Monique Sené. Madame, monsieur, vous avez fondé ensemble en décembre 1975 le Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN), afin d’appeler l’attention du public sur les risques de l’énergie nucléaire. Ce groupement est devenu au fil des ans un interlocuteur connu et reconnu des instances chargées de la sûreté, des médias, des associations et des commissions locales d’information (CLI). À la demande des CLI, il a mené des expertises à l’occasion des visites décennales des réacteurs de Fessenheim, du Blayais et de Golfech. En quoi ont consisté ces expertises ? Quelle méthode avez-vous suivie ? Quels moyens avez-vous mis en œuvre ? Ces expertises peuvent-elles être comparées à celles réalisées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui déploie d’importants moyens et fait appel à de nombreux inspecteurs ?

Selon vous, où en est-on aujourd’hui en matière de maîtrise du risque nucléaire ? Qu’y a-t-il de rationnel et d’irrationnel dans l’approche de cette question ? Pour une centrale nucléaire, le vieillissement comporte un risque. Un réacteur doit être en aussi parfait état le jour où il est décidé de le fermer que le jour où il a démarré parce qu’il doit être aussi sûr. Sinon, cela signifierait qu’il aurait été potentiellement dangereux. Le progrès technique révèle de nouveaux facteurs de risque, mais donne aussi des moyens nouveaux de circonscrire celui-ci. Les exigences formulées au fil des ans par les instances chargées de veiller à la sûreté des installations ont conduit les opérateurs à neutraliser certaines incertitudes potentiellement génératrices de risque. Les évaluations probabilistes de sûreté sont censées éclairer sur le déclenchement et le déroulement de séquences accidentelles et permettre d’évaluer le niveau de risque. Le calcul de probabilités vous paraît-il un moyen pertinent d’évaluation du risque ? À Fukushima, c’est une catastrophe naturelle qui a déclenché la catastrophe nucléaire. Peu importe, me direz-vous, comment l’accident s’est déclenché. Pour autant, il me paraît important de hiérarchiser les différents paramètres pour être pédagogique sur le sujet. C’est sur tous ces points que nous souhaitons vous entendre.

Conformément aux dispositions de l’article 6 l’ordonnance du 17 novembre 1958, je dois maintenant vous demander de prêter le serment de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.

(M. Raymond Sené et Mme Monique Sené prêtent serment).

Mme Monique Sené, membre fondateur du Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN). Le GSIEN est né d’une prise de conscience de physiciens, d’un côté des chercheurs qui faisaient de la recherche fondamentale en physique des particules, de l’autre des ingénieurs industriels qui travaillaient dans le domaine de la physique nucléaire. La construction des réacteurs allait en effet très vite après que la décision de création avait été prise, alors même que, comme il ressortait des dossiers que nous avions pu analyser, beaucoup d’éléments de connaissance faisaient encore défaut, notamment en matière de métallurgie et de radioprotection. Les conditions de l’approvisionnement en uranium, avec une possibilité limitée d’en extraire en France qui supposait de s’approvisionner à l’étranger, paraissaient aussi n’avoir pas été assez étudiées. Quant aux riverains des installations, ils n’avaient pas été du tout consultés. Des représentants de ces riverains avaient d’ailleurs pris contact avec nous, dans nos laboratoires, pour savoir ce qu’était exactement un réacteur nucléaire et quels problèmes cela pouvait poser. Nous-mêmes, chercheurs au CNRS en physique fondamentale, ne savions pas très bien encore de quoi il s’agissait.

En 1974, nous avons donc lancé un appel pour l’arrêt du programme nucléaire tant que les populations n’auraient pas été consultées. Cet appel n’ayant pas eu de succès, nous avons créé le GSIEN l’année suivante, puis un an plus tard, La Gazette nucléaire, journal destiné à communiquer au public, accompagnés de notre avis, les dossiers tels qu’élaborés par l’exploitant et, à l’époque, l’Institut de protection et de sûreté nucléaires (IPSN), ancêtre de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Nous espérions ainsi faire prendre conscience aux populations des problèmes que nous jugions importants. Cette gazette existe toujours…

M. le président François Brottes. Comment est-elle diffusée ?

Mme Monique Sené. Par abonnement. Nous avons encore 500 abonnés. Nous en avons eu de 1 500 à 2 000 au démarrage. Le Groupement, quant à lui, qui regroupait au départ 400 membres – ceux de l’Appel des 400 – n’en compte plus aujourd’hui que 42. Nous commençons à n’être plus tout jeunes, mais nous ne voyons pas émerger une structure qui pourrait prendre le relais du GSIEN. Cela dit, d’autres groupes étudient eux aussi de manière approfondie les rapports de l’ASN, de l’IRSN et d’EDF, de façon à pouvoir formuler un avis, ce que nous avons essayé de faire pendant quarante ans. Il est peut-être temps que nous passions la main…

M. le président Françoise Brottes. Depuis les années 1974-1975, plusieurs lois ont été adoptées, relatives à la transparence et la sécurité en matière nucléaire, à l’indépendance de l’Autorité de sûreté... Avez-vous suivi l’élaboration de ces textes ?

Mme Monique Sené. Nous avons toujours suivi ces sujets. Dès leur mise en place, nous avons participé aux commissions locales d’information. J’ai été membre dès l’origine, et je le suis toujours, en tant que personnalité qualifiée, de la CLI de l’usine de retraitement de La Hague, mise en place à l’initiative du député-maire de Cherbourg, Louis Darinaud, qui souhaitait obtenir de l’exploitant de l’époque, la COGEMA, toutes informations sur le retraitement. Quelques incidents – feux de silos, rejets de produits radioactifs… – avaient alors mis le Cotentin en émoi.

Nous avons beaucoup œuvré pour que l’Association nationale des comités et commissions locales d’information (ANCCLI) prenne de l’ampleur et puisse mutualiser les travaux réalisés par chaque commission locale. La loi du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire a imposé la mise en place d’une CLI auprès de chaque installation nucléaire de base (INB) – c’est ainsi que l’on compte aujourd’hui 38 CLI. Même auprès des INB secrètes, propriétés de l’armée, il a été demandé que soient mis en place des comités d’information capables de renseigner la population, non pas sur ce qui se passe au sein de ces installations mais de manière générale. Il existe un tel comité à Bruyères-le Châtel, à Cadarache, à Marcoule, à Valduc… Il n’y en a pas encore partout.

Nous avons toujours suivi l’évolution de la législation. Nous avons été heureux que l’ASN devienne indépendante et que l’IRSN puisse s’ouvrir à la société civile. Le dialogue avec les experts officiels nous a toujours paru fécond car ceux-ci ont accès à une documentation qu’il est indispensable de pouvoir consulter afin d’avoir une idée de ce qui se passe à l’intérieur des installations.

Nous avons participé aux visites décennales, dont la première à Fessenheim en 1989. Il y a été très difficile d’obtenir la documentation qui avait été demandée par la CLI. C’est à Fessenheim qu’en 1977, avait été mise en place la première CLI, après une grève de la faim de la militante écologiste Solange Fernex. Cette commission s’appelait à l’époque non pas commission locale d’information, mais commission locale de surveillance (CLS) et aujourd’hui encore, à Fessenheim, on parle non pas de CLI, mais de CLIS – commission locale d’information et de surveillance.

Lors de cette visite décennale, la direction de la sûreté des installations nucléaires a fini par donner accès à l’information, mais EDF n’y était pas prête. Les choses ne se sont donc pas très bien passées. Heureusement, nous avions à nos côtés un ancien expert belge de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le professeur Gillon, qui avait déjà participé à des visites en Belgique. C’est grâce à lui que nous avons pu faire notre travail correctement.

M. le président François Brottes. Depuis lors, EDF a changé de statut, l’ASN a été confortée. Comment cela se passe-t-il aujourd’hui ? Avez-vous donné votre avis lorsque l’ASN a dit que la durée de vie des réacteurs de Fessenheim pouvait être prolongée de dix ans ?

Mme Monique Sené. Nous bénéficions d’une convention d’accès à la documentation. C’est d’ailleurs pourquoi les CLI font appel à nous. Comme les dossiers sont énormes et que nous ne sommes en général que trois – un spécialiste de métallurgie, mon mari et moi – pour réaliser l’expertise, nous nous concentrons lors de ces visites décennales sur les éléments les plus importants : tout d’abord, la cuve et l’enceinte, parce qu’elles ne peuvent pas être remplacées, puis les pompes, etc. Nous analysons les dossiers ; nous organisons des réunions de travail avec EDF, l’ASN et l’IRSN ; nous visitons aussi les centrales à des moments précis. Ainsi tenons-nous à être présents lorsque les machines inspectent les cuves de façon à pouvoir discuter avec les ingénieurs. Nous regardons aussi comment les déchets sont stockés sur les sites, comment y est assurée la radioprotection… À la suite de quoi, nous rendons un avis général. Il faut savoir qu’une visite décennale dure une centaine de jours si tout se passe bien – elle peut durer le double en cas de problèmes particuliers. Les délais peuvent aussi être allongés s’il faut procéder à des travaux exceptionnels, dont la visite décennale peut être l’occasion, comme le remplacement des générateurs de vapeur. Le rapport que nous élaborons à la suite de ces visites fait une centaine de pages.

M. le président François Brottes. Les inspecteurs de l’ASN vous paraissent-ils parfaitement indépendants vis-à-vis de l’opérateur ? Percevez-vous de la connivence ?

Mme Monique Sené. J’aime beaucoup me rendre sur les sites avec les inspecteurs de l’ASN. Ils connaissent très bien les installations, ce qui nous facilite la tâche pour examiner les éléments les plus importants. Je n’ai pas noté beaucoup de connivence. Ils sont parfois très sévères.

M. le président François Brottes. Peu de connivence ou pas du tout ?

Mme Monique Sené. Non, il n’y en a pas. Ils connaissent certes si bien le sujet que cela pourrait parfois donner le sentiment d’une connivence, mais je ne n’ai personnellement jamais rencontré d’inspecteur entretenant des liens familiers avec l’opérateur – je ne dis pas qu’il n’y en a pas. Le travail a toujours été correct, aussi bien à Fessenheim qu’à Gravelines, à Golfech ou au Blayais. Les inspecteurs posent les bonnes questions et s’ils repèrent un problème, ils n’hésitent pas à imposer des mesures et fixer un délai de mise en œuvre. Ils peuvent dresser un procès-verbal et aller jusqu’à exiger la fermeture d’une centrale.

Je trouve constructif notre dialogue avec EDF, l’ASN et l’IRSN. Nous ne sommes pas toujours d’accord avec eux bien sûr, nous avons nos propres idées et les exprimons. Mais nous avons pu avoir accès aux dossiers d’EDF, notamment celui relatif à l’évolution de l’acier des cuves sous irradiation, et donc formuler un avis.

M. Raymond Sené, membre fondateur du Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire. L’intérêt d’associer des personnes extérieures comme nous à une expertise est que, n’ayant pas « le nez dans le guidon », le regard neuf que nous portons nous permet de voir des choses auxquelles des habitués ne prêteraient même pas attention. En effet, les ingénieurs d’un site, voire les inspecteurs de l’ASN, parce qu’ils connaissent parfaitement les installations, peuvent ne plus déceler une anomalie, précisément parce qu’ils passent à côté tous les jours.

Prenons l’exemple de l’inspection des cuves. La machine d’inspection en service (MIS), robot qui effectue des mesures par rayons X et par ultra-sons, est pilotée par un programme informatique. Toutes ses mesures sont enregistrées et interprétées par le biais d’un autre programme informatique, à l’instar de ceux d’une échographie. Deux équipes, l’une d’EDF, l’autre d’Intercontrôle, analysent en parallèle, chacune de leur côté, ces résultats, à la recherche d’éventuels défauts de l’acier. Mais les deux équipes exploitent les mêmes données informatiques. Si le programme comporte un bug ou si une erreur s’est produite au départ qui a faussé les résultats, il est tout à fait possible qu’aucune des deux, tout en faisant très sérieusement son travail, ne le repère. Nous avons signalé ce problème et il semble qu’il ait été pris en compte. Le regard neuf de personnes extérieures est indispensable pour poser « les questions qui fâchent ».

Lors de la première visite décennale de Fessenheim 1 en 1989, nous avions, avec le professeur Gillon, pointé le risque d’explosion de l’hydrogène. Il a fallu plus de dix ans pour qu’on admette en France que ce risque pouvait exister. Les équipes françaises avaient même quitté le programme international consacré au sujet. Les représentants officiels auxquels nous avions affaire alors nous expliquaient que le risque était nul. On ne trouvait d’ailleurs dans le pays qu’un seul recombineur d’hydrogène, encore en kit, sur le site de Fessenheim pour l’ensemble du parc. Lorsque nous faisions valoir qu’à la centrale de Three Mile Island, une explosion d’hydrogène s’était produite dans l’enceinte au bout de dix heures, on nous répondait que c’était parce que les Américains n’avaient pas su faire face. Il a fallu très longtemps pour qu’EDF accepte d’installer des recombineurs d’hydrogène sur les sites, s’en vantant d’ailleurs lorsque cela fut fait ! Cela ne faisait jamais que quinze ans que nous alertions sur le problème !

Il est souvent arrivé que les ingénieurs d’EDF ou les spécialistes de métallurgie que nous rencontrions n’aient pas de réponse à nos questions « naïves » de non-spécialistes et que celles-ci les placent devant des abîmes insoupçonnés.

Vous ne savez peut-être pas ce qu’est la transition ductile-fragile pour les métaux, mais vous connaissez tous le récit de Jack London dans lequel un trappeur du Grand Nord canadien voit le fer de sa hache voler en éclats alors qu’il cherche à couper du bois dehors par très grand froid. Eh bien, c’est tout simplement qu’à partir d’une certaine température en dessous de zéro, le fer sort de sa zone de déformation élastique, devient fragile et casse.

Dans le cas des centrales nucléaires, il importe que l’acier des cuves n’atteigne jamais la température de transition ductile-fragile. Pour les matériaux utilisés, cette température se situe au départ autour de – 30 °C mais sous irradiation neutronique, elle ne cesse de s’élever. Pour certaines cuves, elle dépasse aujourd’hui les 60 °C, à tel point qu’il est hors de question de faire une injection de sécurité à basse température parce que la cuve serait susceptible de se casser. Lors des longues discussions que nous avons eues avec EDF et l’ASN sur le sujet, notre collègue, éminent spécialiste de mécanique, a fait observer qu’on ne pouvait aujourd’hui qu’extrapoler des théories bien connues dans le domaine fragile au domaine ductile, qui est celui concerné en l’espèce, car pour ce dernier domaine, il n’existe aucune théorie… Nous avons tant insisté sur ce point que l’ASN a récemment embauché un thésard pour travailler sur le sujet. Au moins notre action n’aura-t-elle pas servi à rien !

M. Denis Baupin, rapporteur. Merci, madame, monsieur, de votre témoignage. On voit comment la vigilance citoyenne a permis d’aller progressivement vers plus de transparence et de contrôle des installations et donc, au final, de sûreté.

L’idée de prolonger la durée de vie des réacteurs au-delà de 40 ans vous paraît-elle raisonnable ? Existe-t-il des indices vous amenant à penser que tel ou tel réacteur particulier ne pourrait pas être utilisé au-delà de ce qui était prévu au départ, notamment pour des raisons de solidité de la cuve et de sûreté de l’enceinte de confinement ?

Que pensez-vous de l’approche probabiliste pour l’évaluation du risque d’accident nucléaire ? Elle amène souvent à dire que le risque est si infime que l’hypothèse n’a finalement pas à être envisagée, même si on sait que les conséquences d’un accident seraient incommensurables. On oscille ainsi entre zéro et l’infini… Or, en dépit d’une probabilité sans doute extrêmement faible, il y a bel et bien eu des accidents nucléaires. À chaque fois, on a expliqué qu’il s’agissait d’une situation particulière : Three Mile Island, un cas particulier nous a-t-on dit ; Tchernobyl, la conséquence de la gestion qui prévalait en Union soviétique ; Fukushima, celle d’un séisme suivi d’un tsunami…

M. le président François Brottes. Tout cela n’est pas faux.

M. le rapporteur. Certes, mais ces accidents ont néanmoins eu lieu.

M. le président François Brottes. Ce n’est pas faux non plus.

M. le rapporteur. Il est toujours facile de trouver des explications a posteriori. Si tout cela était prévisible, pourquoi n’a-t-on pas pris les précautions nécessaires en amont ? La probabilité d’accident serait d’environ 10-5 par année.réacteur pour la fusion du cœur. Qu’en pensez-vous ?

L’IRSN a rendu publiques plusieurs études sur l’impact et le coût potentiel d’un accident nucléaire. Avez-vous été, à un moment ou un autre, consultés pour ces études ? Les chiffres avancés vous paraissent-ils réalistes ?

M. Raymond Sené. Peut-on prolonger la durée de vie des cuves ? La question peut en effet se poser sachant qu’elles ne peuvent pas être remplacées. Un paramètre essentiel est l’évolution de la température de transition ductile-fragile qui évolue en raison de l’irradiation neutronique en provenance du cœur. Les neutrons provoquent le déplacement des atomes au sein des structures cristallines de l’acier, entraînant son durcissement. Progressivement, la température de transition s’élève. Tout cela est fonction de la fluence, c’est-à-dire du flux neutronique total reçu par la cuve. Les aciers ont été au départ conçus pour une durée d’utilisation de 40 ans, soit, à 80 % de charge moyenne, 32 années en équivalent pleine puissance.

On examine régulièrement des éprouvettes placées à l’intérieure de la cuve, plus ou moins près du cœur et absorbant donc un flux de neutrons plus ou moins puissant. La marge d’erreur est très importante dans ces études, très complexes et très délicates. On peut se dire que si on continue de faire fonctionner une cuve au même régime qu’antérieurement alors qu’elle fonctionne déjà depuis trente ans, à un horizon de cinq ans, la limite constructeur sera atteinte. Au-delà, on ne connaît rien et à l’élévation de la température de transition, il n’existe pas de remède. Des solutions ont été développées par EDF consistant à placer des assemblages usés sur certaines zones périphériques, de façon à atténuer la puissance du flux de neutrons. Mais quoi que l’on fasse, prolonger la durée de vie des réacteurs de 40 à 60 ans, c’est nécessairement soumettre les cuves à 50 % d’irradiation de plus. Or, rien ne permet d’affirmer que l’acier n’atteindra pas une température de transition excessive et que les cuves pourront continuer de fonctionner en toute sécurité. Les seules expériences menées en ce domaine l’ont été par les Russes. Dans des cuves plus petites que les nôtres, ils ont pu procéder à des recuits de cuve avec de la vapeur sous pression à haute température. Chauffer ainsi la cuve redonne en effet un peu de liberté aux atomes des structures cristallines qui reviennent à leur position d’équilibre, ce qui fait redescendre la température de transition. Sur nos cuves, d’un plus grand volume, cela n’est tout simplement pas possible.

M. le président François Brottes. Lorsque l’ASN dit qu’on peut prolonger de dix ans la durée de vie des réacteurs, fait-elle l’impasse sur cette difficulté ?

M. Raymond Sené. Non. L’ASN dit qu’elle assure la surveillance nécessaire et que le jour où elle constatera qu’une cuve ne peut pas continuer d’être utilisée, elle ordonnera d’arrêter le réacteur. L’ASN ne peut pas, de façon générale, édicter une durée maximale d’utilisation car il faut tenir compte des périodes où un réacteur a pu être arrêté, pour maintenance par exemple. Deux réacteurs âgés de trente ans n’ont pas nécessairement subi la même irradiation. L’appréciation doit donc être modulée. L’ASN a une approche de précaution, sachant toutefois que de petits défauts peuvent migrer et se propager assez rapidement, au risque qu’une cuve corrodée ne se perce. C’est là un phénomène physique, lié au fonctionnement du réacteur, et contre lequel on ne peut rien.

M. le président François Brottes. L’ASN exerce sa mission de surveillance. Si elle constate quelque chose d’anormal, elle fait arrêter le réacteur. Il n’y a pas de risque d’accident ?

Mme Monique Sené. Pour la cuve de la centrale du Tricastin, qui est celle où ont été décelés le plus de défauts, l’ASN a demandé une réinspection à cinq ans. En revanche, elle a estimé que le réacteur de Fessenheim 2 pouvait continuer d’être utilisé. Elle est en train de rendre son avis pour les autres.

M. le président François Brottes. Si l’acier se dégrade comme vous le dites, l’ASN, en permanence vigilante, fait arrêter le réacteur. On ne risque pas d’être pris au dépourvu et il n’y a pas de risque d’accident ?

Mme Monique Sené. Les cuves sont surveillées et leur évolution est analysée. Mais de là à dire qu’un accident est impossible, nous n’en savons rien. Je serais, pour ma part, plutôt encline à considérer qu’un accident peut toujours se produire, avec bien sûr davantage de probabilité sur les cuves présentant des défauts. On sait qu’une quinzaine de réacteurs présentent des défauts, d’origine nous dit-on et qui, jusqu’à présent, n’auraient pas évolué. Ce n’est pas le cas à Fessenheim 2 où un défaut qui n’avait pas été classé s’est soudainement accru. Une fissure de cinq à six millimètres reste toutefois encore acceptable.

M. le président François Brottes. Les outils d’inspection utilisés aujourd’hui sont plus perfectionnés qu’il y a vingt ans et leurs mesures plus précises. On peut certainement détecter des défauts qui n’auraient pas pu l’être auparavant.

Mme Monique Sené. Certes, mais la connaissance concernant la propagation possible d’un défaut sous irradiation n’a pas progressé. Ce problème ne peut être étudié autrement que de manière empirique. Depuis quarante ans, bien des thèses ont porté sur le sujet mais on n’en sait toujours pas beaucoup plus. Des formules de calcul ont certes été élaborées. On pense que c’est à partir d’une fissure de 10 millimètres que la dégradation pourrait s’accélérer. Les fissures repérées ne dépassent jamais cinq millimètres. Pour l’instant, aucune cuve n’a dépassé la limite.

M. le rapporteur. En Belgique, les réacteurs de Doel et Tihange ont été arrêtés, ont redémarré puis ont de nouveau été arrêtés. Quels tests ou quelles simulations ont conduit à réévaluer le risque ?

Mme Monique Sené. Il n’y pas eu de simulation, mais un essai sur échantillon. Celui-ci n’a pas permis de conclure que les fissures observées ne progresseraient pas. Sur ces réacteurs belges, il s’agit de défauts parallèles à la paroi, alors que ceux qui ont été détectés sur certains réacteurs en France y sont perpendiculaires et proviennent de la méthode de beurrage. L’acier qui est plaqué sur la cuve doit l’être à une certaine température : si cette opération n’est pas parfaitement réalisée, des défauts peuvent apparaître, comme cela s’est produit sur les cuves du Tricastin et de Fessenheim.

M. Raymond Sené. En France, la machine d’inspection est réglée pour analyser l’interface entre la zone de protection en inox et le métal de la cuve, car c’est là que le risque de fissuration est le plus élevé, dans la mesure où c’est là que s’exercent les plus fortes contraintes au moment de la soudure. La machine est réglée pour inspecter une zone de 30 millimètres d’épaisseur, alors qu’en Belgique, elle analyse toute l’épaisseur du métal de la cuve, et pas seulement l’interface revêtement inox/cuve. Les Belges ont décelé des défauts à un endroit où nous, nous n’avons pas regardé ce qui se passait !

Mme Monique Sené. C’est une même machine d’AREVA qui est utilisée en France et en Belgique, mais ses faisceaux d’ultrasons peuvent être réglés pour examiner soit toute l’épaisseur du métal, soit seulement l’interface. Il est exact qu’en France, on ne regarde que l’interface.

D’après mes renseignements, on a mis au rebut certaines viroles qui présentaient des défauts. Il ne s’agit pas là de défauts nés d’une décohésion sous irradiation ; ils sont apparus au forgeage. De l’hydrogène a été inclus et c’est ainsi que sont apparues les 8 000 petites lacunes dont il a été tant question. En France, il y en a eu et justement, on a pu faire un coupon présentant de telles lacunes et étudier son évolution sous très forte irradiation. Ces coupons sont le moyen traditionnel d’étudier comment les éléments peuvent évoluer au fil des ans. L’expérience conduite en Belgique a conclu que, contrairement à ce que l’on pensait, les lacunes progresseraient. En France, je pense que les viroles qui présentaient des défauts n’ont pas été utilisées.

M. le rapporteur. L’ASN ordonnera la fermeture d’un réacteur si elle y détecte un problème, dit-on. Le problème est que beaucoup de réacteurs s’approchent de quarante ans, que l’ASN a renforcé les exigences de sûreté, que des investissements importants vont être nécessaires, coûteux pour l’exploitant et donc au final pour le consommateur car leur prix sera répercuté sur celui de l’électricité. Cela vaut-il la peine de se lancer dans ces opérations pour des réacteurs qui risquent de devoir être arrêtés peu de temps après parce qu’on s’aperçoit que leur cuve n’était pas aussi résistante qu’on l’avait imaginé ? Beaucoup d’incertitudes demeurent sur les investissements à réaliser, sur la capacité du pays à produire l’énergie électrique dont il a besoin… Peut-on se contenter d’attendre des inspections dont on tirera les conclusions au coup par coup ? Vu les enjeux, ne pourrait-on pas anticiper davantage ? Je sais bien que ces questions ne s’adressent pas à vous, mais quel est votre sentiment sur le sujet ?

Mme Monique Sené. Pour moi, les réacteurs ont été conçus pour une certaine fluence, qui correspond à un certain nombre d’années de fonctionnement. Comme il n’est pas possible d’établir que sous une irradiation supérieure, les matériaux ne se dégraderont pas, la raison voudrait qu’on s’en tienne à la fluence, et donc à la durée d’utilisation, prévue initialement. De toute façon, outre la cuve, tous les autres éléments du réacteur (commandes, pompes, robinets…) vieillissent aussi et leur maintenance est très difficile à assurer car elle s’opère en milieu très radioactif sur des éléments eux-mêmes très radioactifs.

Par ailleurs, au bout de trente ou quarante ans, les usines qui ont fabriqué les pièces d’origine n’existent plus. Il faut donc refaire fabriquer des composants, mais ceux-ci le sont avec les méthodes actuelles, si bien qu’ils ne correspondant pas exactement à ce qui est souhaité. EDF a rencontré des problèmes lorsqu’il a dû refaire faire des coussinets pour ses diesels. Une seule usine était capable de les fabriquer. Or, les diesels d’EDF présentent la caractéristique qu’ils doivent monter en régime le plus vite possible – ce qui n’est pas le cas des diesels d’un bateau par exemple. Il y a eu des problèmes également avec les turbines et les robinets. D’autres sont apparus après le changement de certains contacteurs dans les transformateurs : les nouveaux contacteurs ne marchent pas, et c’est ainsi que des feux ont pu se déclarer dans certains transformateurs. C’est un gros dossier qu’EDF cherche à traiter depuis 2004.

Tous les éléments d’une centrale vieillissent. À l’exception de la cuve, on pourrait imaginer de les changer tous ou presque. Mais ne rêvons pas, on aura beau avoir fait le plus gros stock imaginable de pièces détachées, jamais cela ne suffira, sans compter que ces pièces détachées, il faut les vérifier régulièrement pour s’assurer qu’elles restent en bon état. Il faudra donc nécessairement faire fabriquer de nouvelles pièces, au risque de retomber sur les problèmes évoqués ci-dessus. C’est pourquoi la raison dicte d’arrêter les réacteurs dès que les pannes y deviennent plus fréquentes, ce qui crée des problèmes sur les structures. Ils ont été conçus par le constructeur pour une certaine fluence mais aussi un certain nombre seulement de transitoires en pression et en température – de 150 à 300. Les techniciens doivent tenir compte de tout cela.

Un autre problème vient d’apparaître avec les gaines des aiguilles de combustible. On savait très bien que le zircaloy, nom de marque d’alliages de zirconium, était un matériau difficile à travailler mais on n’a pas tenu compte du fait qu’il pouvait désquamer. Pour un matériau de cinquante microns d’épaisseur, desquamer peut vite devenir dangereux. Cela ne signifie pas qu’en résultera une catastrophe, mais on ne pourra pas laisser le combustible aussi longtemps que prévu dans le réacteur. La production électrique sera donc moindre et les combustibles, ayant moins longtemps brûlé qu’ils auraient dû, émettront davantage de radioactivité lors de leur retraitement.

Pour ce qui est de l’approche probabiliste, on peut certes établir que la probabilité d’un accident n’est que de 10-5, mais lorsqu’un accident survient, sa probabilité est devenue de 1. À Fukushima, le seul facteur explicatif n’est pas le séisme et le tsunami qui a suivi. Le fait que l’exploitant, Tepco, ait laissé ses diesels en sous-sol, problème qui lui avait d’ailleurs été signalé mais qu’il n’avait rien fait pour résoudre, et que ses réservoirs n’aient pas été assez résistants, a aussi joué dans la catastrophe. Nul ne nie la violence du séisme et du tsunami, mais il est clair que Tepco n’avait pas pris les mesures de prévention nécessaires, sauf pour les réacteurs 5 et 6, les deux derniers à avoir été construits et placés sur une plate-forme. Pour autant, le séisme, qui était de nature cisaillante, y a aussi cassé des éléments, même si certains ont prétendu que non. À Fukushima, il s’agissait non pas de réacteurs à eau pressurisée comme les nôtres, mais de réacteurs bouillants qui se pilotent par l’adjonction de toutes sortes de tuyaux arrivant à différents niveaux du réacteur. Si les canalisations sont abîmées, on ne parvient pas à y rajouter de l’eau.

Un tel scénario d’accident, avec perte à la fois de l’alimentation électrique et des circuits de refroidissement, n’avait jamais été envisagé, non plus que le fait que quatre réacteurs puissent se trouver « en folie » en même temps. On n’avait jamais imaginé que deux, a fortiori quatre, puissent être abîmés simultanément. On n’a jamais imaginé en France que les quatre réacteurs de la centrale du Blayais ou les six de celle de Gravelines puissent tous à la fois ne plus marcher. Lors de tests réalisés justement après la catastrophe de Fukushima, on s’est aperçu que les tuyaux des réacteurs 1 et 2 de Gravelines n’étaient pas compatibles avec ceux des réacteurs 5 et 6. Il a d’ailleurs été immédiatement prescrit de remédier à cette incompatibilité : il faut impérativement que sur un site, un réacteur puisse en alimenter un autre.

Pour étudier le scénario d’un accident nucléaire et ses conséquences, il faut considérer que l’accident s’est produit, sans, comme le fait EDF, affecter d’un coefficient de probabilité chaque événement potentiel. L’approche probabiliste a certes un sens, mais pour être pertinent, il faut considérer que chaque événement s’est produit et voir quelle solution on apporte à chaque problème. C’est ce qu’a demandé l’ASN.

M. le président François Brottes. Madame, monsieur, nous vous remercions.


12 avril 2014

M. Raymond Sené et Mme Monique Sené, Groupement des scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire -

Assemblée nationale

Coûts de la filière nucléaire : audition de M. et Mme Raymond Sené (GSIEN)

Source : https://www.dailymotion.com/video/x1nr129


20 mai 2014

Les dossiers noirs du nucléaire français

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Les dossiers noirs du nucléaire français, par Dominique Leglu, Monique Sené et Raymond Sené

Un accident pourrait-il se produire dans une centrale nucléaire française ?

Officiellement non, car nos installations sont sûres et un Fukushima serait impossible chez nous. En réalité, des incidents surviennent en permanence dans l’Hexagone. Certains sont graves et, quand on en décortique les circonstances et le déroulement, comme le font ici avec une grande précision et beaucoup de pédagogie Monique et Raymond Sené, physiciens nucléaires, et Dominique Leglu, directrice de la rédaction de Sciences et Avenir, on mesure à quel point les Français ont déjà plusieurs fois frôlé la catastrophe et eu beaucoup de chance, comme à Civaux en 1998 ou au Blayais en 1999.

Mais ce livre ne se contente pas d’analyser de nombreux exemples d’incidents liés à une intempérie ou à l’usure d’une pièce, à des défauts de conception, à des fragilités au niveau des réacteurs, des systèmes d’alimentation en électricité et en eau, des mécanismes de sécurité et des dispositifs de secours.

Il montre aussi comment ces multiples problèmes, pourtant bien identifiés, comme la menace permanente de l’absence de protection des piscines de combustible usé, sont trop peu pris en compte et corrigés.

Où est passée la culture de la sûreté ?  s’alarment les auteurs. Elle tend à se dissoudre dans l’arrogance et la culture du secret des décideurs, d’une part, dans la volonté de compresser les coûts salariaux et d’équipement au détriment de la sécurité, de l’autre. Deux facteurs de risque qui ont joué un rôle certain à Fukushima.

Lu par Antoine de Ravignan, dans Alternatives économiques.

Les dossiers noirs du nucléaire français, par Dominique Leglu, Monique Sené et Raymond SenéPresses de la Cité, 2013, 248 p., 20 euros.

Source : https://reporterre.net/Les-dossiers-noirs-du-nucleaire


10 mars 2015


Les mines d’uranium sont-elles encore un problème de santé et d’environnement ?

Monique Séné est membre du GSIEN, Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire, et anime La gazette nucléaire


L’extraction de l’uranium a des effets de vaste envergure en contaminant l’environnement avec de la poussière radioactive, du radon, des toxines contenues dans l’eau et des degrés accrus de rayonnement naturel.


L’exploitation de l’uranium est la première étape dans la production de l’énergie et des armes nucléaires. Les centrales nucléaires produisent systématiquement des émissions radioactives dans l’air et l’eau, des déchets nucléaires, et elles créent les conditions propices à des désastres semblables à ceux de Chernobyl et Fukushima.


Les médecins devraient s’inquiéter des effets sur la santé du continuum de l’uranium. En tant que promoteurs de la santé de nos patients, nous avons le devoir d’exercer des pressions pour avoir un environnement dépourvu de déchets radioactifs et d’insister pour que des représentations soient faites auprès des décideurs politiques et des responsables de l’environnement dans les cas où la santé pourrait être affectée. Nous devrions réclamer des études-repères sur la santé lors de l’établissement des futurs sites d’extraction d’uranium. Nous devrions exiger des projets de recherche financés de manière indépendante sur les effets de l’uranium et de tous les radionucléides sur la santé.


L’air et l’eau n’ont pas de frontières ; l’introduction de radio-isotopes à longue durée de vie n’importe où dans l’environnement affecte éventuellement la santé de chacun.


http://resosol.org/Gazette


http://www.reporterre.net/spip.php?...


4 mai 2015

Il s'agit de 1983 et de la commission Castaing qui a commis un rapport sur le retraitement, un autre sur les déchets 

Le stockage géologique (dans le granit plutôt) était porté par le Pr GOGUEL 

A l'époque l'ANDRA était un service du CEA et l'IPSN aussi L'ANDRA a été proclamée Agence par la Loi de décembre 1991.

Quant à l'IPSN, il a, en 1990, un Conseil d'administration et un Comité Scientifique avec en plus une ouverture sur des participants extérieurs : Raymond SENE faisait partie du Comité Scientifique.

Mais il a fallu encore 10 ans pour créer l'IRSN et 15 ans pour arriver à l'ASN. Je pense que l'IRSN fait des efforts pour partager avec les citoyens leurs analyses. L'ANDRA essaie aussi, mais peut être est-ce moins facile ?

Voici l'histoire : il faut la connaître, mais on ne peut pas la réécrire ! 

...

4 mai 2015

Michel Gueritte a écrit : 

Bonjour Monique 

Mes recherches sur le rôle du comploteur LONGUET dans la création de CIGéo m’ont conduit vers l’article en pièce jointe, 

extrait de : 

http://gazettenucleaire.org/1983/52_p03.html

Question : Y a-t-il une suite ?

 Michel GUERITTE 

Pour sourire, à l’époque tu écrivais : 

NOTA - Que personne ne se trompe : l'ANDRA, c'est le CEA. Les textes officiels ont tous la double appellation. C'est comme pour l'IPSN (Institut de Protection et Sûreté Nucléaire) qui à l'origine devait être un organisme indépendant; s'il semble bien que dans les textes ce soit le cas, dans les faits c'est une excroissance du CEA sans aucune indépendance de pensée ! 


<Castaing 830000 Moni#7E84E4.doc> 

Monique et Raymond Sené  - 2  rue François Villon 91400 Orsay – 01 60 10 03 49
m-r.sene@orange.fr et m-r.sene@wanadoo.fr


27 octobre 2015

LA SÛRETÉ DES RÉACTEURS NUCLÉAIRES : DES PRINCIPES À LA RÉALITÉ

Monique Sené Physicienne nucléaire, cofondatrice du GSIEN, Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire, qui édite depuis 1976 La Gazette Nucléaire.

Monique Sené intervient dans le cadre du séminaire international : Les centrales nucléaires : leçons de l’expérience mondiale, Sénat fédéral du Brésil, Brasilia.

Source : https://global-chance.org/La-surete-des-reacteurs-nucleaires-des-principes-a-la-realite


1 novembre 2015

La définition de la réversibilité

Monique Sené, vice-présidente de l’Association nationale des comités et commissions locales d’information (Anccli), physicienne - Docteur en physique nucléaire et des particules - et Directrice de recherche honoraire au CNRS, est Vice-présidente de l’Association nationale des comités et commissions locales d’information, Anccli, qui regroupe 37 commissions locales d’information.

En tant que citoyens, nous devons préparer la définition de la réversibilité, car ses contours sont encore trop flous, alors que ses facettes sont multiples : réversibilité des décisions prises, pour que l’on puisse changer d’avis, en toute connaissance de cause ; réversibilité technique permettant d’utiliser un système différent, etc.

Il est important que notre voix soit entendue et que nos demandes génèrent un retour, qu’elles soient acceptées ou non : connaître les raisons du refus d’une proposition participe aussi au débat et à la transparence. Force est de constater que nos idées, et celles des citoyens font leur chemin, mais bien lentement, générant une montée des oppositions citoyennes. L’Andra se doit donc de mener une concertation constructive, sans a priori. Dans notre quatrième livre blanc, qui devrait être publié fin 2015 ou début 2016, nous présenterons un ensemble de propositions.

Source : https://www.andra.fr/sites/default/files/2018-04/Dossier%20réversibilité%20-%20Regards%20croisés%20sur%20la%20réversibilité.pdf


31 juillet 2016

Démantèlement nucléaire : le budget explose pour EDF

Monique Sené, la fondatrice du GSIEN doute des résultats de l’audit commandité par l’Administration française sur les coûts de démantèlement du parc d’EDF. 

Photo prise en juin 2009 d'opérateurs procédant au démantèlement de l'une des salles de l'usine de Marcoule où les barreaux de combustible irradié étaient dissous dans de l'acide pour en extraire le plutonium à usage militaire. 


par Céline Jandaureck / CEA / AFP

EDF aura-t-il les moyens de démanteler ses centrales nucléaires ? Méthode de calcul sous-évaluant les coûts, gestion des déchets radioactifs impossible à chiffrer... La facture risque d'être bien plus salée que prévu. Une chose est sûre : le bilan provisoire des projets de démantèlement en cours est peu concluant et de nombreux retards et dépassements de coûts sont déjà constatés.

EDF doit faire face à un véritable "mur d’investissements" dans les années qui viennent. Construction des EPR, maintenance des centrales en activité et reprise d’une partie d’Areva...Mais aussi les futurs coûts de démantèlement des 58 réacteurs nucléaires en exploitation. Les travaux s’échelonneront sur plusieurs décennies. Fin 2014, l’énergéticien les évaluait à 19,3 milliards d’euros. 

Mais au final, quel sera leur montant ? Impossible à dire à ce jour, faute de retours d’expérience suffisants. La méthode de calcul d’EDF conduit à des évaluations optimistes. Toutes celles utilisées dans les autres grands pays producteurs d’électricité nucléaire aboutissent à des estimations plus élevées. La Cour des Comptes l’avait constaté en 2012 (1). L’énergéticien a basé ses estimations sur l’hypothèse d’un coût de démantèlement correspondant à 15% des coûts de construction. 

Une méthode de calcul contestée 

Pour la Cour des Comptes, ce chiffre ne résulte pas d’études très approfondies. D’ailleurs, en Allemagne, le montant des provisions prévues pour le démantèlement correspond à peu près au coût de la construction", note Monique Sené. La fondatrice du GSIEN doute des résultats de l’audit commandité par l’Administration française sur les coûts de démantèlement du parc d’EDF. 

L'audit, publié en janvier 2016, conforte globalement l’évaluation de l’énergéticien. Mais cette étude prend pour hypothèse que les travaux se dérouleront très bien, constate Monique SenéAlors que les projets en cours montrent l’ampleur des problèmes. Exemple : on est parfois obligé de concevoir spécifiquement un robot pour pouvoir approcher un équipement très radioactif .

Une inquiétude corroborée par les difficultés techniques, les retards et les dépassements de coûts constatés sur les chantiers en cours. Et pour cause : le démantèlement des centrales aujourd’hui à l’arrêt ou en fonctionnement n’a pas été pensé au moment de leur conception.

Des budgets largement dépassés 

Des hypothèses hasardeuses sur les futurs projets

Gestion des déchets : un coût encore impossible à chiffrer 


2 octobre 2016

Depuis quelques temps, le projet d'enfouissement des déchets nucléaires les plus radioactifs à Bure, entre la Meuse et la Haute-Marne, a ravivé le débat sur le devenir des déchets toxiques.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/de-cause-a-effets-le-magazine-de-l-environnement/nucleaire-cachez-ces-dechets-que-je-ne-saurais-voir-5715223

avec :

Monique Sené, physicienne nucléaire, directrice de recherches honoraire au CNRS, et cofondatrice du Groupement des scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire

Corinne Lepage, ancienne Ministre de l’environnement, ancienne euro députée, avocate 

Francis Sorin, responsable du Pôle Information de la Société Française d'Energie Nucléaire et membre du haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire.

Patrick Torrès, directeur des opérations industrielles de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA)

Jean-Philippe Siblet, ornithologue

Dans un contexte de discussion sur l'avenir de la filière nucléaire et à l'heure de la transition énergétique, aucun pays au monde ne semble avoir trouvé de solution dite idéale pour régler ce problème empoisonné ! Que doit-on faire de ces déchets ? Que sait-on réellement de leur évolution dans le temps ? Que proposent les recherches scientifiques d'aujourd'hui et de demain ? Comment et peut-on se passer de cette énergie miracle qui a accouché d'un monstre ?

 Francis Sorin, conseiller de la Société Française d’Energie Nucléaire, auteur de Déchets nucléaires : où est le problème ? (EDP sciences, 2015), membre honoraire du Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN).

Puis en seconde partie dans "Les échos de la terre", à l'occasion de la 8e édition du Jour de la Nuit, le rendez-vous de lutte contre les pollutions lumineuses, nous accueillerons le chercheur Jean-Philippe Siblet, directeur du service du patrimoine naturel au Museum National d'Histoire Naturelle de Paris.

La phrase que vous faites vôtre

Le nucléaire nous aura apporté 40 ans de joie et puis il nous apportera une infinité de problèmes au moins pour plusieurs siècles - Monique Sené

Il est hélas devenu évident aujourd'hui que notre technologie a dépassé notre humanité - Albert Einstein 

Source :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/de-cause-a-effets-le-magazine-de-l-environnement/nucleaire-cachez-ces-dechets-que-je-ne-saurais-voir-5715223


30 mai 2017

Améliorer la sûreté et l’efficacité de la filière nucléaire

Personnalité interviewée : Monique SENE (GSIEN)

19 entretiens menés auprès des acteurs majeurs de la filière nucléaire. Ce livre blanc aborde les principaux enjeux : la prolongation du fonctionnement du parc, son renouvellement et le traitement des déchets radioactifs. Les organismes tierce partie présentent 11 propositions.

La filière nucléaire française fait aujourd’hui face à de nombreux défis : arrivée à échéance du parc de centrales, exigence accrue de la maîtrise des risques, stockage des déchets, interrogations de la société civile… autant d’enjeux qui sont au cœur des débats et imposent des choix.

C’est dans ce contexte très particulier que la COPREC, Fédération des organismes tierce partie indépendants de contrôle et de certification, a rencontré les acteurs majeurs de la filière nucléaire et publie ce livre blanc.

La COPREC formule 11 propositions pour changer la manière de penser le contrôle, redonner son sens à la réglementation sur le terrain, renforcer le dialogue entre les parties et enrichir les débats par une vision internationale.

Personnalités interviewées : Benoît Bettinelli (HCTISN et MEEM-DGPR), Bernard Bigot (ITER), Julien Collet (ASN), Bernard Fontana (AREVA NP), Philippe Knoche (AREVA), andré-Claude Lacoste (ICSI et FONCSI), Frédéric Launeau et Hugues Marsan (ANDRA), Aurélien Louis (MEEM-DGEC), Yves Marignac (WISE-Paris), Sébastien Massart (Élysée), Sophie Mourlon (Cour des Comptes), Jean-Christophe Niel et Thierry Charles (IRSN), Ladislas Poniatowski (Sénat), François Rieffel (SNCT), Philippe Sasseigne (EDF), Monique Sené (GSIEN), Gilles Trembley et Michel Suin (ASSURATOME), Daniel Verwaerde (CEA), Laurent Bermejo et Rémi Sohier (COPREC).

Source : https://www.filiance.com/ameliorer-la-surete-et-lefficacite-de-la-filiere-nucleaire/


23 novembre 2018 

De : <actu.nucleaire@amisdelaterremp.fr>;

Billet d'humeur de Raymond Sené

Hulot a bien raison. Sa bagarre pour essayer de sauver la planète part d'un bon sentiment. Mais, en étant optimiste, on peut espérer que lorsque l'espèce humaine aura disparu, celle qui lui succédera sera, peut-être, intelligente !

La campagne actuelle du gouvernement ANTI-PETROLE... les voitures diesel, puis les voitures à essence, maintenant les chaudières à fuel ... me fait rajeunir d'une quarantaine d'années.

Dans les années 1970, puis 80, existait la Commission au plan . Parmi les participants il y avait EDF. Un ancien membre de cette commission se rappelle la morgue et la puissance d’EDF... EDF imposait le nombre de logements à construire avec un équipement TOUT électrique. Cela leur servait de justificatif pour le nombre de centrales à construire.

Dans un des grands ensembles des villes nouvelles de la région parisienne, avait été prévu l'installation d'un chauffage urbain utilisant la géothermie. EDF a réussi à convaincre les promoteurs de passer au chauffage électrique intégré, leur offrant le raccordement gratuit. C'était nettement moins cher pour les promoteurs, mais ce ne fut pas le cas pour les futurs habitants quand ils eurent à payer leurs factures d'électricité.

De même il y avait les campagnes pour maximiser l'usage de l'électricité dans le secteur industriel.

Je me souviens du "salon de l'énergie". Dans un de ces salons il y avait un stand EDF qui faisait l'éloge de l'utilisation de l'électricité dans les industries du bois, et surtout dans la production de chaleur pour le séchage du bois.

A quelques mètres, il y avait le stand de l'AFME qui expliquait comment utiliser les résidus et déchets de bois pour effectuer ce séchage... avec, cerise sur le gâteau, une économie substantielle sur les frais d'évacuation de ces déchets.

Souvenez-vous comment, grâce à un lobbying puissant ils avaient fait retirer de la loi sur l'énergie, les réseaux de chaleur.

Pour eux, il valait mieux construire 2 tranches supplémentaires de 1 000 Mw pour produire de la chaleur à basse température grâce à des résistances, que récupérer les 2 000 Mw de chaleur rejetés par une tranche de 1000 Mw. Pour que cette énergie rejetée sous forme de chaleur soit de meilleure qualité, plus haute en température, il aurait suffit de la soutirer à un degré un peu plus élevé, ce qui aurait diminué d'un "poil" le rendement de Carnot.

Quelle horreur ! (Un certain nombre de pays, dont les dirigeants sont, semble-t-il, moins stupides que les nôtres, utilisent ces rejets de chaleur pour du chauffage urbain).A la même époque, il y avait eu une pub énorme pour les groupes "perche", pompes à chaleur réversibles : chaleur en hiver et climatisation en été, qui, en fait, devaient permettre d'éponger une partie de la surproduction du parc nucléaire en été.La campagne actuelle me rappelle ces vieux souvenirs. Si on supprime toutes les chaudières à fioul (ou au gaz) pour les remplacer par de l'électrique, si on n'autorise plus que des voitures  électriques, il va falloir produire plus d'électricité... d'où une brillante justification des 6 EPR qu'ils veulent construire.N'a-t-on pas l'impression que l'histoire se répète !!! Il y a longtemps, dans les années 80, (j'étais jeune - hou là là !!!) s'était développé un programme sur l'énergie solaire. C'était l'époque des maisons dites solaires, avec les murs "Trombe", les projets TEK (domaine du kW), TEM (domaine du MW), des recherches en matière de fours solaires : Mont Louis, Odeillo (Font Romeu), Themis à Targassonne.
Les concentrateurs TEK étaient prévus pour délivrer de la chaleur dans des petites agglomérations.

La "centrale" THEMIS, à Targassonne (Pyrénées orientales) était sur le principe d'un ensemble de miroirs concentrant l'énergie solaire sur un four alimentant en énergie tout le système de production d'électricité.

Les unités TEK furent détournées de leur usage prévu, pour effectuer le préchauffage du caloporteur de Themis, constitué de sels fondus. 

Themis, cogérée par EDF et le CNRS, a subi, dès la construction du champ de miroirs, des problèmes techniques. Le choix du constructeur des supports des miroirs, effectué par une région d'équipement EDF fut désastreux. Au premier coup de vent (fréquent dans cette zone) une grande partie des supports fut endommagée. Ce qui coûta, pour leur remplacement, le montant du budget prévu pour la seconde moitié du champ de miroirs ... qui ne fut donc pas construit.

EDF traînait les pieds sur cette installation... ne la faisant fonctionner que lorsque des visiteurs étrangers, potentiellement intéressés par la technique, étaient de passage. Puis, au bout de quelques années, ayant accumulé suffisamment d'expérience dans la technologie des caloporteurs à sels fondus, EDF déclara que ce projet n'avait aucun d'intérêt et abandonna l'installation au CNRS ... qui en fit un excellent instrument d'étude des rayons cosmiques.Quant à l'arrêt du nucléaire ... il faut être réaliste. Si on arrêtait en deux à trois ans une bonne dizaine de réacteurs, ce serait la catastrophe sociale et économique du pays. Cela ne peut se faire qu'avec la mise en œuvre de solutions alternatives. Mais pour cela il faut une volonté politique, avec une résistance efficace contre le lobby EDF. Au lieu de dépenser des sommes conséquentes en études et recherches sur les futurs EPR, on pourrait les investir dans le développement des hydroliennes, des unités marée-motrice, dans le thermique solaire, le photovoltaïque, du stockage de l'électricité...  et éviter de dépendre de l'avance chinoise en matière de photovoltaïque, en matière de l'usage des matériaux rares pour le construction des générateurs des éoliennes ...etc.

Note 1 pour les "hostiles" aux éoliennes : je sais bien que ce n'est pas beau !!!! Mais je leur suggère de venir faire une "excursion" dans la banlieue parisienne, sur le plateau à proximité de Villejust (Essonne). C'est un des deux centres d'arrivée des lignes THT de la région parisienne. Le second est au nord de Paris, au Plessis Gassot (Val D'Oise). Ces deux centres sont sur une boucle qui assure la régulation de l'ensemble du réseau.

Sur 300 degrés, on ne voit que des lignes THT ... et on regrette les éoliennes rencontrées le long de l'A10 avant Orléans.

Quant aux champs électromagnétiques générés par les lignes, je vous suggère de faire un test simple. Vous prenez un bon vieux tube fluo, et vous vous placez sous une ligne. il suffit de trouvez la bonne orientation et votre tube, simplement tenu à la main, va doucement s'allumer. (cela marche même sous une ligne 60 kV).Note 2 : Bien sûr, les combustibles fossiles produisent des gaz à effet de serre. Mais il faudrait que le Sinistre de l'agriculture fasse étudier une méthode de récupération des effluents gazeux produits par les ruminants. Le méthane est au moins 10 fois plus pénalisant que le CO2. La transformation du méthane en CO2 (motorisation, chauffage ...) ferait perdre quelques fractions de degrés dans le bilan du réchauffement de la planète.


17 avril 2019

Dans ce document Michel GUERITTE cite largement Monique SENE, dont il partage les arguments.

Débat public – PNGMDR

Cahier d’acteur N°24

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Source : https://pngmdr.debatpublic.fr/images/cahiers-acteurs/Cahier_d_Acteur_n_24_La_QV.pdf


18 novembre 2021

Les meilleures ventes de livres de Monique Sené

Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima... et demain ? Fessenheim, Blayais ou Pierrelatte ? 

Dormez tranquilles, braves gens, nous veillons sur votre sécurité. Telle est, en substance, l'antienne que les autorités nucléaires françaises répètent depuis maintenant près de...

Source : https://www.lisez.com/auteurs/monique-sen


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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