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Labo de BURE : pour ou contre ?

Le débat

 

L'Est Républicain Meuse

Propos recueillis par Pascal BAUDOIN      


17 février 2010

 
Vos réactions et commentairesà

pbaudoin@estrepublicain.fr

 
Labo de Bure : pour ou contre ? Le débat...

- L'Andra s'est implantée à la limite des départements de la Meuse et de la Haute-Marne, dans le cadre des études et recherches sur le stockage profond des déchets radioactifs de haute activité et de moyenne activité à vie longue. Elle y exploite aujourd'hui un laboratoire souterrain, situé sur la commune de Bure. Concrètement, où en est le dossier aujourd'hui, début 2010 ?

- Nous avons remis notre proposition de zone restreinte au ministre qui a reçu les avis de l'autorité de sûreté nucléaire et de la commission nationale d'évaluation. L'une et l'autre suivent nos travaux, mois par mois. Le CLIS  (Comité Local d'Information et de Suivi) souhaitait répondre en deux temps. Une première série d'observations fin janvier. Puis, de manière plus approfondie dans le courant de l'année. Nous attendons donc le feu vert du Premier ministre  pour poursuivre le projet.

- Poursuivre. C'est-à-dire ?

Nous allons continuer les explorations géologiques sur la zone de 30 km2 que nous avons proposée au gouvernement. Car la prochaine étape importante pour nous, c'est le débat public, fin 2013. Il sera organisé par une commission indépendante. C'est la commission du débat public qui déterminera les thèmes, les angles, les approches. D'ici là, il nous appartient de préparer un rapport scientifique et technique, support de ce débat public. Fin 2012, ce rapport s'apparentera à une description du projet de stockage géologique dans toutes ses formes, avec une proposition d'implantation précise et définitive.

Plus du double des besoins

- Ce n'est pas le cas aujourd'hui ?


Nous en avons une première idée. C'est la zone de 30 km2 qui figure dans le rapport que nous venons de remettre au Premier ministre. Le stockage, c'est deux niveaux. Un premier avec les installations souterraines (la ZIRA, la zone d'intérêt pour la reconnaissance approfondie). Si un jour, il y a un stockage de déchets radioactifs    sur la région de Bure, en Meuse et/ou en Haute-Marne, ce sera sur cette zone de 30 km2. Soit plus que nos besoins : au bout de cent vingt ans, 15 km2 seront nécessaires.

- Le deuxième niveau ?

- Ce sont les installations de surface. Des puits (techniques) qui permettront d'accéder à la zone souterraine. Une descenderie souhaitée sur la zone limitrophe des deux départements par les deux présidents des conseils généraux. L'un et l'autre souhaitent être partenaires.

- Partenaires ou concurrents ?

Ils s'affichent comme partenaires. Et je préfère entendre qu'ils sont concurrents plutôt que totalement réfractaires à un projet qui est lourd à porter. Techniquement, scientifiquement et politiquement en termes d'aménagement du territoire. Jusqu'à maintenant, la bi-départementalisation et les dossiers remontent jusqu'au Premier ministre qui a clairement pris en compte le souhait des deux départements d'être partenaires et solidaires dans le développement.

Unanimité impossible


J'ajoute que le préfet de la Meuse a été mandaté par François Fillon pour coordonner un schéma territorial interdépartemental. Ce schéma devra, lui aussi, être prêt pour le débat public, fin 2013. En résumé, nous aborderons le débat avec deux dossiers, l'un technique et scientifique sous l'égide de l'Andra, l'autre portant sur l'aménagement des territoires sous l'égide de l'Etat.

- Peut-on dire que vous avancez en marchant ?

Oui. En détaillant le projet industriel, nous produisons un gros travail d'ingénierie. C'est ce qui fait l'originalité de notre démarche. Avec la volonté d'associer les acteurs locaux, évidemment. Pour le choix du site, même si ce n'est pas définitif et pas encore consensuel. Evidemment, obtenir l'unanimité sur ce genre de dossier s'apparente à une mission complètement impossible. Nous voulons aussi associer les acteurs locaux sur le stockage proprement dit. C'est le débat sur la réversibilité. Elle demande des réponses techniques.

- Et participe à l'acceptabilité du dossier, non ?

- Bien sûr. Quand je dis que la demande est politique, sociale, c'est vrai. La réversibilité - c'est-à-dire l'idée qu'on peut revenir en arrière - fait moins peur à l'opinion publique. Même si les gens mettent des concepts différents sous le mot réversibilité. Pour nous, c'est une contrainte technique supplémentaire: les robots, par exemple, qui achemineront les colis au fond, sont conçus pour pouvoir les retirer.

La sécurité n'est pas négociable

- Le surcoût est-il important ?

J'en suis persuadée. Mais la demande de réversibilité, qui est dans la loi de 2006, a été posée comme un préalable, en 1999, sous le gouvernement Jospin quand Dominique Voynet était ministre de l'Environnement. De sorte que nous n'avons pas d'études chiffrées comparées. Depuis le début, la réversibilité est inscrite dans nos concepts. En revanche, ne nous voilons pas la face ! Nous le disons et le répétons : un stockage profond de déchets radioactifs ne sera vraiment sûr à long terme que dans la mesure où il sera fermé définitivement. La loi prévoit une réversibilité pendant au moins 120 ans. Il y aura une nouvelle loi sur les conditions de la réversibilité en 2017. Le processus sera progressif : il faudra démontrer, durant la première dizaine d'années, que le stockage est parfaitement stable, que les composants se comportent comme nous l'avons prévu. La fin de la réversibilité se discute : est-ce le scellement des alvéoles contenant les colis, est-ce la fermeture des puits d'accès ? Tout cela est négociable. La seule chose qui ne l'est pas, c'est la sécurité du stockage.

- Votre nom (Andra) et votre métier sont suspects. A priori. Quelles sont les exigences qui en découlent ?

Pour être crédible sur la surveillance de l'environnement, nous souhaitons créer une écotech (L'Est Républicain du 16 février, NDLR), ouverte et partagée par la communauté scientifique. Ce n'est pas un postulat, c'est une condition nécessaire à notre crédibilité. On travaille en liens étroits avec l'INRA, (Premier institut de recherche agronomique en Europe, deuxième dans le monde), le CNRS, (Centre national de la recherche scientifique), l'INSU, (Institut national des sciences de l'univers). Sur la collecte des échantillons, nous validons la méthode et le choix des prélèvements avec la communauté scientifique internationale. Nous allons même mettre en place une antenne dans la Meuse pour surveiller les gaz à effet de serre. Et cette antenne s'inscrira dans le réseau national. Croyez-moi, l'exigence scientifique sur un projet comme Bure est très élevée. Une commission d'académiciens a été créée uniquement pour évaluer nos travaux scientifiques. Et d'ailleurs, je remarque - ce qui me fait plaisir - que les opposants citent souvent les remarques de l'autorité de sûreté nucléaire qui a une légitimité certaine sur le sujet.

« Déjà 500 millions d'euros investis »

- Pour être crédible, vous devez donc être transparent ?


Nous devons être ouverts, partager nos travaux avec la communauté scientifique. Mais pas seulement. Nous devons également dialoguer avec les acteurs locaux. Nous travaillons ainsi avec les chambres d'agriculture. Elles sont intéressées par nos travaux et nous par leur expérience. Nos résultats seront à leur disposition. On mettra également les outils et les données à disposition des étudiants.

- Le gouvernement doit renouveler votre autorisation d'exploitation du laboratoire souterrain. Où en est-on ?

Elle est soumise à une enquête publique. Quand le laboratoire a été autorisé, en 1999, il a fait l'objet d'une procédure spécifique, très lourde d'un point de vue administratif. Le décret fixait une autorisation jusqu'en 2006. En juin 2006, la loi a prolongé l'autorisation d'exploiter le souterrain au vu de notre dossier scientifique, soumis au conseil d'Etat. Lequel a fixé une période courte (jusqu'en 2011) en posant un préalable : cette enquête publique. Autrement dit, si nous ne faisons rien, en 2011, notre autorisation tombe. On ferme. Le décret initial prévoit le remblaiement des galeries, la fermeture des puits...

- C'est une hypothèse que vous avez déjà envisagée ?

Ce laboratoire est un instrument scientifique assez unique en son genre. Et rare dans le monde. Nous avons déjà investi 500 millions d'euros. Je n'imagine pas qu'on puisse le fermer. Si nous voulons un jour - ce qui est la demande du Parlement - disposer d'un stockage géologique, nous devons continuer les recherches. Cependant, après le débat public en 2013, la demande d'autorisation de création que nous déposerons en 2014, il y aura des consultations de l'office parlementaire, des collectivités territoriales, de l'autorité de sûreté nucléaire et - je ne suis pas la seule à le penser au sein de l'Andra - c'est loin d'être gagné. Nous nous projetons dans un projet industriel, nous formons des compétences particulières et futures qui seront nécessaires ici. Parfois, nous utilisons le futur au lieu du conditionnel, mais nous savons que le stockage n'est pas acquis. C'est une décision lourde. Nous ne serons pas les premiers dans le monde. La Finlande  et la Suède obtiendront peut-être une autorisation avant nous.

Des modélisations sur 200.000 ans

- Compte-tenu de l'échelle du temps en jeu, cette projection dans l'avenir est angoissante, non ?


Bien sûr. C'est ce qui contribue à un projet atypique. Les producteurs de déchets nucléaires trouvent parfois que nos recherches sont coûteuses (100 millions d'euros par an) et que les résultats sont lents. Mais nous devons modéliser ce projet (le comportement de l'argile, du béton, des aciers, des gaz, des mouvements d'eaux) sur des calculateurs puissants. C'est l'enjeu suprême : modéliser à 200.000 ans ce que sera l'évolution du stockage. Notre plateforme de calculs fait l'objet d'un partenariat avec l'Inria (Institut national de recherche en informatique et automatique). Son directeur ne cesse de s'étonner de nos calculs compliqués par autant de données, une si grande échelle de temps, des enjeux aussi importants. Sur la santé par exemple. On sait que c'est une demande forte qui commence à émerger. C'est d'ailleurs légitime. Pour les Meusiens et les Haut-Marnais. Pour les salariés de l'Andra, également. On vient donc de signer un partenariat avec l'institut de veille sanitaire, qui souhaite travailler avec nous pour créer une méthodologie, un suivi de la santé des populations. Nous sommes donc confrontés à des exigences qui ne s'imposent pas aux autres installations industrielles. Ces exigences sortent d'ailleurs du cadre législatif. Tout reste à faire car ce projet est suffisamment hors normes pour mettre en œuvre des moyens hors normes. Mais son impact scientifique est mondial : les données sur l'environnement ou la connaissance des transferts végétaux vont contribuer à améliorer les connaissances de la communauté internationale. Nous sommes des défricheurs. Et pas seulement scientifiques.

De 700 à 1.000 salariés

- Justement, vous êtes et serez un aménageur de l'espace meusien et haut-marnais. Y compris sur le plan économique. Avez-vous conscience de votre responsabilité future. Et ne sont- elles pas angoissantes ?

Aujourd'hui, sur place, l'Andra compte 80 personnes. Mais le site représente déjà 300 personnes. Nous sommes en croissance permanente. Je vais vous donner une fourchette car je ne veux pas faire de déçus mais on peut estimer que 700 à 1.000 personnes (Andra et sous-traitants directs) seront nécessaires à l'exploitation du projet. Et ce, pendant un siècle. Alors, oui, vous avez raison. Il faut prévoir la vie d'un millier de familles sur place, l'habitat, la desserte. Je devrais dire, les dessertes. Car dès 2009, nous avons fait part au ministre de nos besoins en matière de transports pour acheminer les colis, les matériaux, les personnels. Nous mutualiserons avec les autres entreprises installées sur place. Idéalement, on privilégiera les solutions de développement durable (eau et fer). Si on peut obtenir une desserte ferroviaire jusqu'à notre site, ce sera parfait. On renforcera l'existant sur la base du projet de territoire sur lequel planche le préfet de la Meuse

- Il semble aujourd’hui que les Meusiens sont résignés sur ce possible stockage. Il faudra faire avec…

- C’est effectivement ce que j’entends, ce que je lis. Notamment dans vos colonnes. On ne peut pas se satisfaire de cette résignation. Plus on va aller dans le concret, plus la population locale va se faire une idée juste du projet. Avec un risque, celui de renforcer l’image positive ou – au contraire - négative. C’est à double tranchant. Aujourd’hui, l’image est floue. Le premier coup de pioche pour construire le stockage se situe à partir de 2017. Nous sommes convaincus que d’ici là, nous devons aller vers la population locale. Après les scientifiques, les politiques, les médias, nous avons décidé de faire visiter le laboratoire souterrain aux riverains. Nous avons invité par courrier dans les boîtes aux lettres 4.000 habitants des cantons adjacents. En deux jours, les 130 places disponibles ont été réservées. En septembre et novembre 2009, nous avons donné la priorité à la liste d’attente. Sans aucune publicité. Si en 2008, 900 personnes ont visité l’installation souterraine, elles étaient 2.000 l’année dernière. C’est un réel effort compte-tenu des contraintes de sécurité. Nous ne pouvons accueillir que 49 personnes au fond. Quand les locaux descendent, nous arrêtons les travaux. Mais la volonté, c’est bien de se rapprocher de la population locale.


Virulence et caricature d’arguments
Et les débats ?

Vous savez le débat sur les nanotechnologies  (et leur impact sur la santé, NDLA) ne peut pas se tenir. Alors, le nucléaire… Lors de la première réunion d’information que nous avons organisée avec les locaux, les opposants sont venus. Ils étaient tellement virulents que l’échange était impossible. Très vite, le débat a tourné à la caricature d’arguments. Comment faire de la pédagogie dans ces conditions ?

Les élus vous reprochent d’avancer au pas de charge. Sans concertation.

On nous reproche aussi d’avancer lentement. Nos clients, par exemple. J’ai curieusement l’impression que nous sommes parfois pénalisés par notre progressivité et l’ouverture de notre démarche. Nous sommes tenus par un calendrier fixé par le Parlement. Début des travaux du stockage en 2015, début de l’exploitation en 2025. Si et seulement si, nous avons le feu vert après le débat public début 2013. J’ajoute que nous serons les premiers à dire que nous n’avons pas assez de temps pour conclure. Le rythme ne nous contraint pas à faire des impasses sur le plan scientifique.

Le GIP ? C’est gagnant-gagnant !

La peur n’appartient pas au seul registre du nucléaire. Vous allez être un acteur majeur d’un développement très particulier du sud du département…

Je suis d’accord sur chacun des mots. Si le projet va au bout... D’ores et déjà, nous sommes le gros contribuable (taxe professionnelle) du département et le plus gros employeur. Quand vous dîtes très particulier, c’est vrai. Ce sera une installation unique en France. Soit on voit tout noir (la poubelle nucléaire de la Meuse…), soit on parie sur un savoir-faire français dont la genèse et la croissance sont à Bure où nous recevons des ministres étrangers et d’éminents scientifiques. Pourquoi font-ils autant de kilomètres pour voir Bure ? Pour voir une simple poubelle ? Nous devons travailler à obtenir puis renforcer la confiance.

Cette confiance, les opposants jugent que l’achetez un peu.

Avec les fonds du GIP (groupement d’intérêt public «Objectif Meuse»). Lesquels viennent de passer de 20 à 30 millions d’euros.

L’accompagnement économique ne passe plus par l’Andra. Mais par l’Etat. Les taxes qui financent le GIP sont fixées par le gouvernement. Pourtant, là encore, il y a deux visions : la première qui consiste à dire que l’Andra achète les élus, la seconde est portée par le Parlement et le gouvernement pour aménager un territoire qui s’engage. C’est un gagnant-gagnant.

Et sur les déchets «à faible activité et à vie longue» (FAVL) ? Les opposants affirment que la durée de vie de ces déchets est de « quelques dizaines de milliers d’années ». Vous comprenez que l’échelle de temps de la nocivité puisse être angoissante, non ?

Les communes retenues sont dans l’Aube. La Meuse était candidate. Mais notre démarche a été mal comprise. Nous voulions deux années pour étudier. Les communes avaient ensuite un droit de retrait. A priori, on ne nous a pas crus.

Des réelles menaces de mort

Les élus ont souhaité afficher un droit de retrait sous la pression des opposants. Les deux maires et leurs conseils municipaux n’avaient pas imaginé que cette décision susciterait une telle violence verbale ou physique. Il y a eu – c’est vrai – de réelles menaces de mort. Mi-2009, nous nous sommes arrêtés là. Sans chercher de nouvelles communes. Le résultat aurait été strictement le même. Le projet va se poursuivre mais nous avons décidé de laisser décanter et de réfléchir. A la veille des régionales, il n’est pas opportun de relancer un dossier sur lequel nous ne souhaitons pas être un sujet de polémiques.

Vous vous donnez combien de temps ?

Le temps qu’il faudra. Nous n’avons plus de calendrier pour les FAVL. Nous nous concentrons maintenant sur le projet de haute activité. Et notamment sur la gestion de la ressource. Dans le grand emprunt de 35 milliards étudié par Alain Juppé et Michel Rocard, il y a une toute petite ligne de 100 millions d’euros accordés à l’Andra pour impulser la recherche – dans la filière électronucléaire - sur le traitement et le recyclage des déchets radioactifs. En tant que stockeur, nous sommes confrontés aux difficultés d’implanter un centre d’enfouissement (notamment pour faire la preuve de la sécurité), il faut donc tout faire pour réduire les volumes, la nature et la toxicité des déchets. Nous y travaillons.

 

 

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